DE CORSE. Liv. XXIV. Ch. V. i S9
beau Royaume perdu ? Mais n’étoit-il pas à craindre que les Corses bien éra- g ECTblis & reconnus pour un peuple libre & indépendant, n’euffent trouvé ailé- Histoire dement un prétexte plausible pour se croire dispensés de continuer la reddition Corse de-de l’hommage & le paiement de la redevance? II falloit que la Corse imitât $ ms l ' s : nla République des Provinces-Unics qui s’étoit d abord formée telle qu’elle est -qi/^ranDès le commencement elle avoit récouvré fa liberté, s’étoit mise dans une 1769.cnt.iere indépendance, étoit rentrée dans la poílèílion des places qui lui appar- - -- --
tenoient, & s’étoit affranchie tout d’un coup du joug de l’Espagne. 'Élien'avoit garde de s’affervir à un tribut. Elle avoit acheté au prix de son sangl'avantage inestimable de se gouverner elle-mémc , d’ètre riche, heureuse ,tranquille, biens précieux qu’elle a conservés. Paoli sentoit que la Corse de-voir agir ainsi si elle vouloir redevenir sa maîtreíîè. Auroit-elle combattu pen-dant trente-sept ans pour poser lâchement les armes, ou laisler bassement sub-sister quelque marques de servitude? Cet article du projet pouvoit-donc êtreregardé comme illusoire, & la République de Gênes n'avoir que trop lieude craindre que la Corse ne sùt bientôt aussi indépendante que la Hollande.
Paoli piqué du dédain avec lequel les Génois avoient rejeté le projet d’ac- 17 67.commodément qu’ii avoit remis au ministère de France, cherchoit l’occasion Conquêtedtde leur faire sentir qu’il étoit en état de soutenir l’indépendance de son Isle à Capraja.laquelle il vouloir les forcer de consentir. Cependant il ne pouvoir rien en-treprendre sur la plupart des forteresses qu’ils avoient dans l’Isle par ce qu'el-les croient gardées par les Troupes françoiles. Mais l'Isle de Capraja, situéeà environ vingt milles du Cap Corse, mal pourvue de provisions, & mal dé-fendue par une foible garnison, lui offroit l’occasion qu’il cherchoit. II résolutdonc d’en faire la conquête. Cette résolution fut généralement approuvée.Inexécution en fut confiée à Mrs. Achillc-s Murati, Commandant d’Erbalon-ga, & Jean Babtisle Ristori, Commandant de Furiani , qui mirent à lavoile, le soir du 10 Fevrier 1767, du port de Macinajo , accompagnésd’une troupe de Jeunes Corses des principales familles des Provinces du CapCorse de Nobbio, en qualités de volontaires, & de quelques Caprajois pourleur servir de guides.
Ils débarqueront la même nuit à Capraja. Auísi-tôt les Commandans Cor-ses firent signifier aux habitans de l'Isle, qu’ils n'étoient point venus dansl’in-tention de leur nuire, mais uniquement pour les délivrer du joug des Génois,
& leur faire partager les heureux fruits de la liberté avec les Corses leurs an-ciens amis ; qu’ainsi ils espéraient qu’au lieu de leur opposer quelque ré-sistance , ils leur feraient l'accueil le plus favorable. Sur cela un grandnombre des habitans se joignirent aux Corses qui mirent le siégé devant laCitadelle.
Les Génois alarmés de cette entreprise, n’épargnerent ni soins ni dépensespour la faire échouer. Ils envoyerent un armement considérable sous les or-dres d’Augustin Pinelli, Sénateur de Gênes, homme d’une activité & d’unevaleur éprouvées. Le Colonel Antonio Matra fut aussi détaché avec un corpsde troupes d’élite, guidé par un forçat natif de Capraja. Ce Colonel fit unedescente dans un lieu que les Corses avoient négligé le croyant inaccessible.
Tandis que Matra attaquoit ceux-ci par terre , Pinelli les battoit de la mer endeux différens endroits, desorte qu’ils eurent à soutenir une action également
S 2