DES DIX MILLE GRECS &c. Liv. IV. Cn. XVII. 4ir
„ II n’est donc plus besoin d’en parler, & je n’ai qu’une chose à dire, Histoire \„ c’est que tandis que nous demeurerons bien unis, nous ne manquerons de f a re -„ de rien; mais si nous venons à nous partager, notre puissance divisée dt *„ n’étant plus fi considérable, nous ne trouverons plus personne qui nous Grecs* *„ veuille fournir ni des vaisseaux, ni des vivres. Je fuis donc d’avîs, comme Uc. -„ VOUS ,de retourner en Grèce', & si quelqu’un se veut séparer des autres,
,, d’en faire le châtiment.” Sa proposition ayant été mise aux voix toutle monde l’approuva, à l’exception de Silanus , qui commença à crier qu’ilfalloit laisser à chacun la liberté de s’en retourner comme il lui piaîroit ; maisles Soldats, irrités de son insolence, le menacèrent de le punir comme déser-teur, s’il étoit surpris en fuyant.
Durant le long séjour que l’Armée fît à Cotyore , il n’y avoit eu pour el* Meffagçle aucun moyen de subsister qu’en faisant des incursions fur les Terres des fie Cocy-Paphlagoniens, qui à leur tour ne manquoient pas d’attaquer lesGrw, lors- * as *qu’ils les trouvoient écartés. Pour faire cesser ce désordre, Cotylas , Satra-pe de la Paphhgmie , envoya des Ambassadeurs, qui furent leçus avec degrandes marques d’amitié & de distinction. On les régala aussi de quelquesdanses, & de divers exercices; après quoi ils furent renvoyés très-satis-faits de leur réception *.
Dès qu’on eut assez de Vaisseaux, l’Armée s’embarqua, & après avoir issGreanavigué un jour & une nuit par un bon vent, arriva le lendemain à Sìnope, s’embar-dont les habitans envoyèrent aux Grecs 3000 mines de farine, & 500 me- 9 uent P»u%sures de vin. Le jour suivant on mouilla l’ancre de Harmêne à une lieue ^ arm ^‘
& demie de Sinope. Cheirifopbe arriva-là avec quelques Galères, point d’ar- ne ‘gent, d’inutiles louanges, & la promesse d’accorder la paye de Lacédémo-ne à ceux qui voudroient servir sous lui.
Les Soldats, qui ne se voyoient pas loin de la Grèce , auroient été bien Les Soi •aises de faire quelque butin avant que d’y arriver. Pour mieux couvrir às veil-leur àt tenterquelque ex-pédition
ces deux Chefs mécontens s’étoieht engagés à payer un C/zicénique par mois à chaque Sol- lucrative .dat, à condition qu’on partiroit à la nouvelle Lune. Notre Auteur rapporte le détail de leursmenées. La valeur du Cyzkénique a été bien déterminée par Spelman (z>. Suivant Démojl-Mne, il valoit vingt & huit Drachmes Attiques, & portoit d’un côté la tête d’une femme,apparemment Cybéíe, & fur le revers la figure d’un lion. Au-reste, cette coutume de pa.yer par mois étoit en usage parmi les Grecs, & ailleurs.
* On les avoit régalés de la danse de deux Tbraces , dont l’un, après qu’ils fe furent bat-'tus quelque tems au son de le flûte, tomba & fut emporté par ses compagnons. L’autrelortit chantant Je triomphe, chargé des dépouilles de son ennemi. Les Paphlagoniens jet-terent un cri lorsqu ils le virent tomber, pensant qu’il fût mort; mais ce n’éroit qu un jeu.
II y eut ensuite plusieurs autres danses, dont ie Lecteur pourra voir Ja description dansXénopbon même (l). Mais aucune ne divertit tant les Ambassadeurs que celle d’une Baladi.ne, qui entra parée & armée avec une rondache un peu légére. lille dansa la Pyrrbiqucd’un air si résolu » que les Paphlagoniens demandèrent si parmi les Grecs les femmes al*loient à la guerre. On leur répondit que oui, & que c étoient elles qui avoient mis en fui-te le Roi de' Perse.
(1) Xenoph. ubi supi. I» VI. sub 'mit,
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