HISTOIRE DES GAULOIS. Liv. IV. Ch. XIII. 2?I(DU j pour mieux dire, les Gaulois partagèrent durant quelque teins leurs Sect. Iii.hommages entre ces deux Divinités *. L une & 1 autre furent d abord a- S omme f ltdorées dans des Bôcages, & sous des Chênes ; mais a la fin Efus fut mis en glTdíoubli, & l’on n’érigea plus d’Autels & de statues quau seul Jupiter dans qutlquistoute la partie des Gaules conquise par les Romains. Sous les règnes de DivinitésCaligula,& de Claude (a), successeurs de Tibère , tout le Pays se trouvaparsemé’de Temples, où les Gaulois adoroient les Dieux de leurs Vain 'fahMmiqueurs; & il ne resta presque plus de trace de leur ancienne Religion , que \ ts Gaulois,le rite barbare d’offrir des victimes humaines à ces nouvelles Divinités;——.çe qui occasionna les Décréts indiqués ci-dessus. Ajoûtons à cela la grandevénération qu'ils conservèrent pour leurs Chênes nonobstant le nombre ex-cessif de leurs Temples, & dont ils ne revinrent, suivant quelques Au-teurs, que vers le XII. & XIII. Siécle. Un de ces Chênes étoit consacréà cent Dieux, comme il paroît par l’inscription gravée sur une Colomnevoisine f. Dès que la digue, qui arrêtoit le torrent de la superstition, futune fois rompue , les plus grossières erreurs inondèrent les Gaules ; & lesGaulois , après avoir secoué le joug de leurs Druides, donnèrent avec tantde fureur dans le Polythéisme, qu’ils déifièrent à la fin jusqu’aux Lacs, aux-Rivières, aux Marais, & aux Fontaines, attribuant à chacune de ceschoses une Divinité particulière, & des qualités surnaturelles. De cettefolie ils en avoient inférée un autre, sçavoir, que c’étoit un grand sacri-lège de pêcher dans leurs eaux, de les dessecher, & fur-tout de mettre la
main
Ça) Hic supr. T. IX. p. 564, &c.
* Nous inférons cette particularité de quelques bas-reliefs qu’on a trouvés dans la gran-de Eglise de Paris, sur lesquels ces deux Dieux font représentés l’un à côté de J’autre. L’im.fcription, à-la-vérité, ne fait mention que de Jupiter. Mais la Cérémonie de couper leGuy du Chêne, avec ces mots Senani Veilo, fait voir qa’Efus est ici la principale Divinité.
Nous ne voulons pas cependant trop appuyer fur ces Monumens énigmatiques, que cha.que Antiquaire interprète de la façon qui s’accorde le mieux avec son hypothèse favorite.Ce qu’il y a de certain, c’est que du tems de Maxime de Tyr, qui vivoit environ 100 ansaprès Tibère, Efus étoit déjà transformé en Jupiter, & adoré fous la figure d’un grand Chê-ne (1). L’Auteur de la Vie de St. Bonis ace, Evêque de Mayence, dit que ce Prélat netrouva point de meilleur moyen pour ramener son Peuple de son Culte superstitieux a uChristianisme, qu’en faisant couper un Chêne d’une grandeur énorme, qu’on appelloit leChêne de Jupiter, & aussi la force de Jupiter (2). Cet exemple a été imité depuis avecle même succès (3). Tant la vénération pour les Chênes eut de peine à sortir du coeurdes Gaulois, même après leur conversion au Christianisme. N oublions pas d’observer ici quele nom de Jupiter ne paroît pas avoir été adopté par les Gaulois , mais seulement celui deJove, que nous avons prouvé ci-dessus être d’origine Celtique (4).
t Ce Chêne ayant été dans la fuite coupé par 5 . Sévère, on conserva le souvenir de cet é-vénement par l’inscription suivante: Arborem Divus Severus evertit centuiîReorum. Notre Auteur ajoíste qu’en le déracinant, 011 trouva une grande quantité d’orft d’argent, que ce Saint employa à bâtir une Eglise, qui lui fut dédiée dans la fuite,eomme i] paroît par l’épitaphe qui fe lit fur son tombeau (5).
Serm - xxxvm.
T, . Rc !‘g- des Gant. L. II. c. y.
( î_) Iîzovji Annal, lub an n. 1*33, ap, eund,
( 4 ) Hîc. fiipr. Tom. IV. p. no, Stc.
(j) Jo. de lîoíc Antiq. Vien. p- 4 - Tab,ea
des
S) Jo. de Bote Antiq. Vien. p- 4- 1 .
Prov. ïranc. Tom. II. p. 107. apud o»* 1 -
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