DE MALTHE. Liv. XXI. Chap. Vil. Z
■Sarrasins, soit pour empêcher qu’il ne s’élevat si près de ses Etats des voi' Sectioï?fins hardis & entreprenans, résolut de chasser les Chevaliers de l’Isle deRhodes, avant qu’iìs eussent eu le tems d y affermir leur domination. Com- r0rdrccle .me il avoit fait de grandes conquêtes du côté de la Lycie, de la Carie, & puis sonen d’autres parties de l’Empire Grec, il chargea une Flotte de ses troupes, Etablifc.débarqua dans i’ifle, s’avança du côté de la Capitale, & en forma le fie J; e ™ge avant que les murailles & les autres fortifications fussent entièrement^^,,rétablies. La Flotte d’Oîhman étoit nombreuse, ses troupes étoient aguer- gv.ries & accoutumées à vaincre fous ses enseignes, mais fa bonne fortune l’a- .jh
bandonna dans cette entreprise. L’intrépide valeur des Chevaliers fut unboulevard si puissant contre ses efforts, qu’il fut obligé de lever le siégé &de fe rembarquer après avoir perdu beaucoup de monde. Le Grand-Mai*tre ne le vit pas plutôt parti, que pour mettre à 1 avenir la ville de Rhodeshors d’insulte, il en fit terrasser les murailles, & y ajouta de nouvelles for*tifications.
11 donna ensuite tous ses foins à y rétablir le Commerce, pour la rendre Li Cm«aussi florissante & riche que forte. II y invita les Chrétiens, qui depuis la merce ré-perte de la Terre Sainte s’étoient dispersés en divers endroits de la Grece , tahlu<& un grand nombre accoururent pour s’y établir. Le Port fut ouvert à tou-tes les Nations, ce qui y attira quantité de Marchands, ensorte que peu àpeu la ville de Rhodes devint fi opulente, qu’elle étoit une des plus floris-santes de l’Afie; c étoit aussi un Port commode pour toutes les Croisadesqui viendroient del’Europe. Ainsi la conquête de cette Isle fut le sujet d unejoie universelle dans tous les Etats, & fit un honneur infini aux Hospita-liers; parcequ’en fe rendant maîtres d’une Isle auflì importante, ils prou-voient qu’ils n’avoient jamais abandonné l’efpérance de chasser un jour lesInfidèles de la Terre Sainte; au-lieu que les Templiers par leur retraite pré-cipitée en Europe, & par la vie molle & délicieuse qu’ils y menoient, fem-bloient avoir renoncé à leur vocation, & abandonné pour toujours les SaintsLieux en proye aux Infidèles. C’étoit-là au moins ce qu’on leur reprochoitdans toute l’Europe, qu’ils le méritassent ou non ; on étoit sor-tout fort in-disposé contre eux à la Cour de France & à celle de Rome, ce fut ce quihâta leur ruine & l’entiere exstinction de leur Ordre, & l’on disposa de leursbiens en faveur des Chevaliers de Rhodes.
Ceux-ci nommèrent pour Procureur-Général de l’Ordre en Europe Albert Lalle-Lallemand de Château-Noir, dont on avoit éprouvé la sagesse & la cap ;cité depuis longtems, & qui étoit Grand Commandeur; on lui donna pouradjoints quelques Chevaliers, pour aller prendre possession des biens cédé- ^ àta.à l’Ordre, & en donner bonne & valable décharge aux Administrateurs. Parpe.le même Acte le Conseil nomma Lallemand Visiteur, Inquisiteur, Correc-teur , Réformateur , Administrateur & Oeconome - Général de toutes íesMaisons situées en-deçà de la mer, avec commission de réformer pleinementtous les abus, qui dans les derniers tems de trouble s’étoient glissés dansl’ap»plication des revenus des Commanderies ; il avoit aussi le pouvoir ue fairee procès à tous les sujets compris dans fa Commission, de quelqu 0 dignitéqu ils tu ent revêtus, de priver les coupables de leurs Commanderies, &
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