DE M A L T H E. Liv. XXI. Chap. Vil. 35
& les Infidèles surprirent le bourg, tuerent ceux des habitans qui se mirent Srcrio»en défense, & firent les autres esclaves, lis firent les mémes ravages dans i"'les Isles de Lero, de Calamo, de NiíTara, de Simia & de Lango, par oùils repassèrent à leur retour; ils arrachèrent les vignes, coupèrent les arbres puis fmfruitiers, & firent un grand nombre de prisonniers, après quoi l’Amiral re- Etablife.tourna à Constantinople. Ce qu’il y eut de plus triste , c’est que le Sultan j ansne laissa aux captifs que le choix de la mort, ou de fe faire Mahométans ;plusieurs furent assez foibles pour prendre ce dernier parti, & servirent de- & c .
puis de guides aux Corsaires, qui infestoient les différentes Isles de la Re- . «
ligion (a).
Les ravages dont nous venons de parler, ayant en grande partie dépeu-plé ces Isles, on chargea les Chevaliers d’y faire meilleure garde dans la fui-te, on les fortifia, & le Grand-Maître fit construire un Fort dans le bourgd'Archange! pour la fureté des habitans. Ces précautions e'toient d’autant plusnécessaires, qu’outre la guerre que l’Ordre avoit à soutenir contre les Turcs,on étoit à la veille d’une rupture avec le Sultan d’Fgypte, qui n’étoit pasun ennemi moins redoutable que Mahomet. Mais avant que les Chevaliersfussent tout-à-fait en état de faire tête à ces deux Puissances , ils fe virentattaqués par une troisième, à cause de la protection que le Grand-Maîtreavoit accordée à la Reine légitime de Chypre contre le Bâtard de Lusignan,que Mahomet & le Sultan d’Egypte soutenoient. Le dernier avoit même,contre le Droit des Gens, retenu l’Ambasiadeur de l’Ordre , & tous les Vais-seaux marchands de Rhodes, tandis que Mahomet par la même raison re-fusa d’écouter des propositions de paix.
La troisième Puissance dont nous venons de parler étoient le Vénitiens. Les Véni-Ils avoieut fait épouser au Bâtard de Lusignan la fille d’un de leurs Sénateurs,
& peu après il mourut empoisonné , à ce que l’on croit, par les oncles de fa ’ITfemme, pour gouverner l’íîle au nom de fa veuve. Quoi qu’il en soit les l’iste.Vénitiens firent une descente dans l’Isle de Rhodes, & y commirent plusde ravages & de cruautés que les Sarrasins & les Turcs n’avoient fait. Usy revinrent peu de tems après avec une Flotte de quarante-deux Galères,qui bloquèrent le Port de Rhodes, & menacèrent la ville d’un siégé. Le su-jet de cette rupture venoit en grande partie du Grand-Maître, qui par droitde représailles, & pour procurer la liberté à son Ambassadeur, & à ses su-jets que le Sultan d’Egypte avoit retenus, avoit de son côté fait arrêter deuxGalères Vénitiennes chargées de marchandises pour le compte de Marchandsd’Egypte; les marchandises avoient été confisquées, & on avoit mis à lachaîne les Sarrasins qui fe trouvoient fur ces Galères , en permettant auxVénitiens de fe retirer & de poursuivre leur route. La seconde Flotte é-toit destinée à demander la restitution des effets saisis, & elle avoit ordreen cas de refus de ravager toutes les Isles de la Religion. Quelques Cheva-jjtts fiers vouloient qu’on rejettât avec mépris des propositions aussi injustes.
Mais l e Grand-Maître, prévoyant les fâcheuses fuites de cette démarche,aima mieux rendre les prisonniers Sarrasins, que d’exposer tant d’innocens
dans
(a) Les mêmes.E 2