HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII. 2?íJ
se résolut sans peine, & d’abord elle ordonna d’emballer ses meilleurs ef- Sbctio*sets; mais quand on en parla au Maréchal, bien loin d’y entendre feule- xt
ment, on dit qu’il fit cette étrange réponse, „ J’ai été jusques ici le mi- de
„ gnon de la fortune, qui ne m’a jamais abandonné, je ne veux pas aussi jusqu’à^'„ l’abandonner quelque part qu’elle me conduise, je veux faire voir au mort du "„ monde jusqu’où elle peut porter un homme qui a le courage de la fui- Maréchal„ vre («)”. Peut-être l’auroit-on fait changer de sentiment ; mais de í ^ ncre 'Luynes qui avoit la même ambition ne lui en donna pas le tems ; il follicitoit ' ' ‘
fans cesle son Maître de s’aífranchir de toute gêne, & à la fin indiqua lemoyen par lequel la chose s’efFectua.
11 proposa au Roi de donner ordre ou de tuer le Maréchal, ou de le i e Mari.mettre entre les mains du Parlement, pour qu’il ne leur donnât plus d’em- chai d’ An-barras; le Roi choisit le dernier; & le Favori proposa d’abord de charger cre e fiVitri, Capitaine des Gardes, de l’arrêter, à quoi le Roi acquiesça (L).
De Luynes parla à Vitri & lui demanda s’il étoit résolu d’exécuter tout cequi lui seroit commandé de la part du Roi? Vitri ne balança point à lepromettre sous serment. Alors de Luynes, qui ne vouloir pas avoir unelongue conversation avec Vitri, de peur de donner quelque soupçon, luidit qu’il n’avoit qu’à se rendre la nuit aux Tailleries à une certaine heurequ’il y trouveroit des gens que le Roi avoit chargés de lui faire savoir sesintentions, & qu’il dévoit écouter tout ce qu’ils lui diroient, comme s’ill’entendoit de la propre bouche de Sa Majesté. Vitri alla ponctuellementau rendez-vous, & fut de la derniere surprise d’y trouver Tronçon, hom-me peu considéré, Marsillac qui avoit trahi le Prince de Condé, DeagentCommis du Controlleur- Général Larbin, avec un Jardinier du Château;mais comme il étoit embarqué, il écouta ce qu’ils avoient à lui dire. L’af-faire fut pendant trois semaines fur le tapis, on la communiqua même àbeaucoup de personnes, fans qu’il en transpirât rien. Enfin on fixa le 24 .d’Avril pour l’exécution du projet; Vitri s’aísura de plusieurs Gentilhommesdéterminés, les principaux étoient du Hallier son frere, Persan son beau-frere, Bournonville beaufrere de Persan, Guichaumont & Rigaud Exemptdes Gardes du Corps. Vers les dix heures du matin le Maréchal vint auLouvre précédé d’environ quarante Gentilshommes, à qui il donnoit pen-sion , & suivi à quelque distance d’un grand nombre d’autres, mais les por-tes du Louvre aiant été fermées aussitôt que le Maréchal y fut entré, les der-niers ne purent le suivre. II s’arrêta fur le petit point, & s’appuya fur labalustrade pour lire une Lettre;Vitri suivi de ses amis s’avança, les Gen-tilshommes du Maréchal,s’imaginant que le Roi venoit, leur firent place;alors Vitri le prit d’une main par le bras, & lui dit qu’il l’arrêtoit par or-dre du Roi, moi reprit vivement le Maréchal, oui vous, répliqua Vitrid’un ton élevé & en jurant ; le Maréchal fit un pas en arriéré, & portala main fur son épée, fur quoi Vitri dit tout haut, tuez-le, & du Hallier luitira un coup de pistolet dans le cœur,Persan un autre dans la tête,& Gui-chaumont un troisième dans le ventre (c).
(st) Les mêmes.(S) Les mêmes.
(c) Les mêmes.