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31 (1769) La suite de l'histoire de France depuis le règne de Louis XII jusqu'au tems présent
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5o 6 HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII.

Section XIV. navoit pas lieu defpérer. Envain lindustrie des hommes & la vaí-XVIIL ne politique des Rois entreprendroient - elles de produire de pareils effets ;ce quísest âans la conjoncture des affaires, ils étoient véritablement si extraordinai-paffé en J res, que quiconque auroit prétendu les prédire quelques mois auparavantfamée auroit passé pour un visionnaire. Les succès inespérés de Philippe éton-

I7ll nerent les Alliés, & leur firent sentir, que lentreprise de détrôner ce

Prince étoit plus difficile & de plus longue haleine, quils ne se létoientimaginé. La guerre qui duroit depuis plusieurs années devenoit si onéreu-se , quil ny avoit que la rapidité des conquêtes qui soutint le courage dupeuple. Le dernier échec fit que les Anglois jetterent les yeux fur leurpropre situation. La nation, lennemi le plus puissant & le plus redoutablede Louis XIV, étoit divisée alors par les Partis, qui furent plus utiles à laFrance que toutes ses Armées & ses Généraux. Les Wighs & les Torys,qui depuis quelques années avoient concouru à la gloire du Royaume, sedéterminèrent tout dun coup à ravir à la nation le fruit de ses belles victoi-res. Sous le régné de la Reine Anne les Whigs étoient absolument maî-tres des affaires. Marlborough gouvernoit lEtat, & fa femme gouvernoitla Reine ; il avoit en main les finances, & disposoit de tous les emplois.Le Comte de Godolphin, intimement lié avec Marlborough par lintérêt& par lalliance, étoit grand Trésorier, & nétoit pas moins estimé dansle civil, que Marlborough pour la guerre. Ce dernier avoit plus de crédità la Haye que le grand Pensionnaire; il influoit beaucoup en Allemagne,aiant été fait Prince de lEmpire. Egalement heureux dans le cabinet &à la guerre, nul particulier neut jamais une puissance & une gloire si éten-dues. Environné de victoires, estimé du peuple & aiant de puissansamis, il étoit impossible aux Torys, qui commençoient à laisser entrevoirleur ambition, débranler fa fortune & détablir la leur quen lui fêlant per-dre la confiance de la Reine. Lavidité du Duc & la hauteur de la Duches-se furent destinés à produire cet effet ; jamais on nauroit réussi si cet illus-tre Héros avoit modéré fa passion pour les richesses, & si lambitieufèDuchesse sétoit contentée de tenir la Reine dans un honnête esclavage.La Reine lavoit aimée avec une tendresse qui alloit jusqu a la soumission,& à labandonnement de toute volonté,aiant une complaisance servile pourSara Jennings, cétoit le nom de la Duchesse. La Reine & elle étoientdans lhabitude de sécrire tous les jours fous des noms empruntés, & cettefamiliarité, bien ménagée auroit toujours tenu la Reine dans les fers de laDuchesse. Quelques paires de gands dune façon singulière, dit le spiri-tuel M. de Voltaire, quelie refusa à la Reine, une jatte deau quelle laissatomber en sa présence sur la robe de Me de Masham, qui commençoit Lentrer en faveur, changèrent la face de lEurope. La Reine fut piquée,il y eut de la brouillerie ; ôi au lieu davoir de la complaisance, la Duches-se écrivit impérieusement, Rendez moi justice & ne me faites point deréponse («).

Le pouvoir que la Duchesse avoit sur lesprit de la Reine , avoit servi àf élévation du Duc, & avoit été le principal appui du Parti Whig. Aussitôt

(a) Siecle de Louis XIV. T. I. Ch..