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HISTOIRE DU DUCHÉ
Sect. I.Desoript.deMantoueHift. desGonzague
Déprava-tion desmœurs deCharles III,Duc Man-Uue.
Sa mort.j<56l.
Charles IFsuccédé àson pereJouslatutel-it defamtrt .
Conduite deTRmpereur,avec la Du-thejse deMantoue.
que, se séparèrent, & vécurent dans la plus parfaite indifférence. Charlesn’avoit que dix ans lorsque son pere mourut. Sans oncle & fans proche pa-rent qui put prendre foin de lui, il fut confié à la tutelle de Ferdinand III,qui négligea entièrement son éducation. Mantoue pourtant resta en paixfous la protection de l’Empereur. De cette maniéré, Charles n’eut rien quipût le distraire de son goût pour les plaisirs. La ville de Venise devint lethéâtre de fes infâmes amours. Là il s’abandonna à des excès dont nouarougirions de transmettre le récit à la postérité. Nous dirons feulement que,l’un de fes plus doux amufemens, étoit d’y aller de rue en rue travesti enhomme du Peuple & le visage couvert d un masque ; insulter les paílàns, sefaire dire des injures, & souvent même de se faire maltraitera asm de préve-venir les suites qu’euísent pû avoir les querelles- qu’il se fuícitoic,. il prenoitsoin de se faire accompagner par des personnes capables par leur naissance ,leur crédit, leur rang, ou leur fortune, d’en imposer à ceux qu’il. insultoit.Alors, bien assuré de n'avoir aucun, danger à courir, il entroit dans les bou-tiques & les magasins les plus riches,, par - tout où il voyoit des effets pré*cieux & fragiles,, & son plaisir étoit de prendre ces-effets, de feindre qu'ils -lui échappoient & de les laisser tomber, h terne où ils se brisoienr en millepieces ; on accabloit le bossu mal - adroit,. d'imprécations &. d’invectives.:souvent même le ressentiment dès Marchands, bien éloignés de deviner leDuc de Mantoue sous.ce déguisement, sc. seroit porté à de plus offençantesextrémités, si les Nobles qui le fui voient, ne se fussent empressés d’offrir lepayement des Marchandises brisées, ce qui appaisoit- la quérelle.. Ce fut parces jeux ridicules & par des amufemens encore plus insensés, encore plusaviliísens, que Charles III, Duc.de Mantoue se distingua, soie à Venise,où.il sc fit mépriser;.soit dans fa Cour, où il donna l’exemple de la pluscrapuleuse, débauche. Enfin, après une vie tout-à-fait scandaleuse &. dé-bordée, il mourut, en 1661. (i).
Charles IV, son fils & son successeur, n'ávoit alors que sept ans.. Samere prit soin de son éducation, & gouverna pendant la minorité de cet en-fant., Elle étoit Allemande, & par conséquent etfe devint un objet de hainepour les peuples de Mantoue, qui, en flétrissent la réputation de cette Prin-cesse, répandirent ramertume sur ses jours infortunés. Dès-lors l'Empereurprit la même part que son pere aux affaires du Duché. Ayant entendu cer-tains rapports au désavantage dé lá Duchesse, il envoya le Comte Windi-gratz à Mantoue, pour s'informer particulièrement de fa conduite,. & pourprendre une connoissance. exacte des affaires.- Le Comte- prétexta d’abordn’avoir d’autre commission, que celle de venir rendre une visite de la partde son maître, 1 : la Duchesse &au jeune Duc son fils; mais celui-ci, quoi-qu’il ne fut pour lors âgé que de treize ou quatorze ans, devina, ou plutôtsoupçonna le vrai motif de cette mission , & fit tout au monde pour décou-vrir la vérité.. Le. Comte ne s’expliqua qu’en termes généraux.; éludant avecfoin toutes les questions ultérieures. Mais enfin, le Comte se croyant pres-sé de déclarer le but réel de. son ambassade, , avoua en confidence au Duc*qu’il étoit venu à Mantoue, pour s’assurer d une personne, qui ayoií enepur
(r) Léandre Albert.