Sect. II.
•Histoire de}a Républi-que de Lue-ttes.
Conspìra-•tion à Luc-gues contre"Castruccio.
'Atrocité deÇajlruccio.
430 HISTOIRE DE PISE, LUCQUES, SIENNE
pcreur. Florence lui fit la même proposition, .& forma avec lui un traitéd’alliance.
Castruccio, dont le dessein étoit de se rc-ndre maître de toute la Toscane,prit des engagemens avec les ..Florentins, & afin de s’assurer du succès de.ses entreprises, il se ligua étroitement avec Matthieu Visconti, Duc de Mi-lan, sit le s plus grands préparatifs, & obligé de-rompre avec les. Florentins,auxquels le Duc de Milan déclara la guerre, il entra en campagne contreFlorence, & porta fur le territoire de cette République le ravage & la dé-solation: mais une affaire très - presiànte, l’obligea de revenir lui - mêtne fortprécipitamment h Lucques. Cette affaire en effet, ne souffroit pas le plusléger retardement. .11 y avoit h Lucques une Maison paillante, la famillede Poggio: & les chefs de cette maison, jaloux, ou mécontens de Castruc-cio, ayant formé le projet de fe venger, d’abattre fa puissance & de le chas-ser dc la Ville, associèrent à leur complôt un grand nombre de Nobles, quifaisant soulever le peuple, coururent au palais du Prince, poignardèrentson Lieutenant, & fe difposoient h faire main baffe fur tous Ic-s adhérans duPrince, lorfqu’Erienne Poggio, Vieillard respectable, & homme pacifique,accourant au devant des conjurés, les engagea par fes sages remontrances,& en leur offrant fa médiation, à renoncer h un complot, qui vraisembla-blement entraînerait la ruine de Lucques. Les Conjurés fe Iaisièrent désar-mer : Caffruccio entra dans Lucques suivi d’un nombreux Corps de Trou-pes, résolu de sacrifier fes ennemis h fa vengeance ,& commença par s’emparerdes postes qu’il jugea les plus importans. Cependant le bon Etienne Poggiocroyant lui avoir rendu le plus signalé des services, vint le trouver & lui de»manda grâce pour les coupables, dont il excusa du mieux qu’il put la licence,le priant de sc souvenir en cette occasions des obligations essentielles qu’il avoità la Maison de Poggio. Castruccio affectant la plus grande douceur, ditqu’il oublioit tout, & qu’il étoit charmé que cet événement lui fournit enfinl’occasion qu’il cherchoit depuis longtems de montrer quelle étoit fa clémencenaturelle, & la force de la reconnoisiànce qu’il conservoit pour fes meilleursamis. Cette réponse fut bientôt répandue, & persuada aux Conjurés qu’iln’y avoit pour eux aucun danger à venir remercier l’indulgent Souverain : ilsy allèrent en effet, conduits par Etienne Poggio ; mais au moment où ilsrassuraient de leur fidélité, Castruccio les fit tous arrêter, & périr dans lessupplices, fans vouloir faire grâce à aucun, pas mcrne au vieux EtiennePoggio, qui n’avoit trempé, cn aucune maniéré dans la conjuration, (i)
Si cette atrocité le rendit odieux, elle servit beaucoup auflì h affermir fapuissance par la terreur; & afin d’avoir tout le loisir qu’il lui falloit pour ré-tablir sor une bâse inébranrable, il conclut pour deux ans, une treve avecles Florentins; il ne s’occupa qu’à fe défaire par les supplices, le poison,l’aíìàífinat, & les proscriptions, de tous ceux auxquels il foupçonnoit assezd’ambition pour aspirer à la Souveraineté. Nul d’entr’eux ne sut épargné,& le tyran en sacrifia un si grand nombre, qu’il fit construire à Lucques uneCitadelle avec les matériaux des maisons des Citoyens qu’il avoir fait périr.
(x) Machiavel. Vie de Castruccio Ctflracan