Chap. I. de la nature des Fleuves. 2Z9ténacité capable de résister à simpreísion oblique d u cours del’eau , son choc ne pourra manquer d’avoir les mêmes suitesque précédemment. II se pourra bien que ces choses ne semanifestent qu après un nombre de siécles, parce que pourdécouvrir le terrein ferme qui se rencontrera à une certaineprofondeur au - dessous du sabloneux, il aura fallu à ce steuveuntems considérable avant que d’y parvenir. De-là vient qu’aprèslui avoir toujours vû un cours assez régulier, il change enfinde direction fans en appercevoir le vrai motif, parce qu’on nes’avise point de rechercher ce qui est survenu à son lit.
1002. Une autre cause qui peut encore contribuer beau-coup à rendre les fleuves tortueux, vient des petites Riviè-res qui s’y rendent sous différentes directions : car si leurs eauxont de la rapidité, elles le traverseront, iront choquer la bergeopposée, de-là réjailliront sur l’autre & formeront à la longuedes sinuosités. Comme indépendamment de ces causes il s’enrencontre encore un grand nombre d’autres qui concourentà la même sin , l’on voit qu’il y a une eípece de nécessité, quetoutes les Rivières perdent la premiere droiture quelles ontpûavoir dans leur naissance ôc que par la fuite du tems elles seforment un cours en serpentant; ce qui arivera principalementà tcelles qui châtient beaucoup de fable & de gravier qui don-nent lieu aux attérissemens, par conséquent à tout ce qui en.résulte.
1003. Personne n’ignore combien un Etat est intéressé à en-tretenir les Rivières navigables , en détournant tout ce qui peutleur être contraire , fur tout au passage des Ponts ; mais il fautplus de connoissance de théorie & de pratique qu’on ne pense -pour être en état d ordonner les travaux propres à remédier aumal présent, ou à prévenir celui dont on est menacé. La né-gligence à cet égard n’est point excusable , j’en pourrois citerun grand nombre d’exemples qui donnent lieu de tout appré-hender pour 1 avenir ; en voici deux entr’autres, dignes de la plusgrande attention. Si l’on n’y prend garde, les Ifles qui naissentdans la Seine immédiatement au-dessous du Pont de Vernon ,& dans le Rhône sous celui du S. Esprit, rendront par la suiteces deux passages extrêmement dangereux, & peut-être im-praticables : si son y remédie trop tard il pourroit bien arriverque le rétablissement de la navigation devienne impossible , mal-gré les dépenses excessives qu’on y fera. Alors quelle perte pourParis & Lion, si leur communication avec la Mer étoit inter*
Tome II. O o
vers une ri-ve que versl’autre , iln’en fautpas davin-flige pouren occasion-ner la mi-ne , quoiquela ténacitédu fond soituniforme.
Un fleu-ve qui enreçoit d’au-tres , peutdevenir tor-tueux parcette feulecause .
Importan-ce de bienétudier lecours desfleuves pourêtre en étatd’en ordon-ner les ré-parations.