DANS LES INDES ORIENTALES. Liv. XVII, Chap. IV. 29Aussitôt qu 'Alfonse d'Muquerque eut pris le Gouvernement en main, le SectionM aréchal de Portugal lui représenta qu'il étoit impossible d exécuter les p ro , T j.~ eiprojets qu’il avoit formés lui-même , òt ceux de la Cour, fans avoir au- f j es p ortu .paravant réduit Calicut, & ruiné une Puissance qui leur avoit déja causé g 3 i s &c. '
tant d’embarras, & leur en donneroit toujours. Don Aìfonsc entra avecplai- -y*
sir dans ses vues, fit d’abord les préparatifs nécessaires pour cette expédi- e ^.'J 0 f t lsrtion, & attaqua la place par mer & par terre avec tant de furie qu’il fe D>A]f ori f erendit maître de la Ville, qu’il brûla, & de la Forteresse, qu’il fit raser. nv\ibu-Dans le mème tems le Maréchal attaqua le Palais Royal, qu’il emporta après querqueune opiniâtre résistance ; mais y ayant trouvé d’immenfes richesses , les ( '™ ver } \Soldats fe mirent à piller ; les Indiens profitèrent de l’occasion, les investi- ^des?rent & les taillèrent tous en pieces, pareequ’ils étoient si chargés de butinqu’ils ne pouvoient fe défendre, /llhuquerque apprenant le danger où ils fetrouvoient, marcha aussitôt qu’il put à leur secours, mais ayant été blessédangereusement en deux endroits, chemin faisant, il ne put arriver assezà tems pour les sauver, & en renouvellent l’attaque il pensa être acca-blé sous une grosse pierre, qui tomba fur lui, desorte qu’ayant perducon-noissance on eut bien de la peine à le transporter à bord de son vais-seau. Les Portugais firent retraite du mieux qu’ils purent, ayant euquatre-vingts hommes de tués, & trois-cens blessés, lans compter la per-te du Maréchal, qui fut la victime de son impatience , & de l’ambi-tion de vouloir se rendre maître du Palais de s Empereur sans assistance (a).
Quand Albuquerque fut guéri de ses blessures, il forma le projet d’atta- R iquer encore Ormus, & dans cette vue il assembla une Flotte, & un Corps >
de troupes, parmi lesquels il y avoit deux mille Portugais agguerris, qui l p“ ine Q u " a _avoient servi du tems dans les Indes ; mais lorsqu’il étoit fur le point demettre à la voile, il changea de plan, & résolut d’attaquer Goa , grande &riche ville dans l’Iste de Tiçuarin, qui a un des meilleures Ports des Indes.
Cette Isle, qui a environ neuf ou dix lieues de tour, passoit par fa situationpour le poste le plus important de la Côte de Malabar ; elle appartenoit auRoi de Decan ; celui qui y commandait pour lui étoit Idalcan , Maure d’o-rìgine, homme de tête & de cœur, qui s'étoit donné tous les foins possi-bles pour mettre la ville en état de fe bien défendre. Les précautions qu’ilavoit prises n’empêchèrent pas que liste ne fût soumise, & la Ville de Goaemportée d’assaut, le Roi d’Oíïor ayant aidé les Portugais de fa Flotte &
C") Purchas , Vol. I. p. Z2. Lafitau, T. 1 J. p. iz»
se retira à son vaisseau, n-e voulant pas être à la discrétion d’un homme qu’il avoit si fortmaltraité. Quand il partit pour retourner en Portugal, il eut le plaisir de voir quantitéd’Officiers s’embarquer avec lui, pareequ’ils disoient qu’ils ne vouloient pas servir sousDon Alfonse; mais la vérité est, qu e jugeant de son cœur par le leur, ils n’oserent mettresa générosité à l’épreuve, & s’exposcr à son ressentiment. Ce furent ces mêmes Officiersqui donnèrent au Viceroi le conseil fatal qui causa sa mort; 11 perdit outre cela la Ban-nière Royale & onze Capitaines dans une querelle, qui n’auroit pu faire honneur aux Por-tugais, quand ils amoient été vainqueurs fi).
(,) Laftei», Conq. des Portugais, T. X x. 4}i, 431,
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