D*A L L E M A G X E. Liv. XXV. Sect. XII. 503
cranchements contre l'avis d u Comte de Tilly, qui, voyant les Alliés s’a-vancer dans le plus bel ordre, parut consterné, & laiflà voir dans ses gestes,dans ses regards un présage infaillible de sa défaite. E'artillerie engagea lecombat; (1) un mouvement que firent les Impériaux laiflà un intervalleentre leur centre & leur aile gauche. Gustave sçut profiter de cette cir-constance , & fit faire un feu si terrible que le régiment de Holstein sucentièrement mafiacré, & les autres mis en désordre. Tilly vint fondre surl’Electeur de Saxe , dont les troupes ne firent pas même une molle résis-tance, & ce Prince, qui vouloir marcher seul à l'ennemi, s’ensuit & sejetta dans Eulenbourg. Cette défection n'étonna point Gustave, il ne vitdans la retraite de son Allié qu’une plus grande moiílòn de gloire pour luimême ; il renversa la cavalerie Autrichienne, s’empara du canon de infan-terie , & la força à chercher une retraite dans un bois voisin : on ne leurdonna pas le temps d’y élever des retranchements; on les preílà de touscôtés: le Comte de Tilly, quoique assoibli par trois blessures, combattitlongtemps, ralliant ses troupes, les ramenant à la charge, & forçant lesSuédois à douter encore de la victoire ; mais dès qu’il eut perdu lès for-ces , ses soldats perdirent tout leur courage & s’enfuirent ; il chercha luimême une retraite ; il alloit être pris, lorsque le Duc de Saxe Lawenbourgaccourut à son secours, & le conduisit à Hall.
Tandis que les Suédois entroient vainqueurs dans Leipsig, que l’Empe-reur menacé de la révolte des Protestants d’Autriche délibéroit fur le choixd’un asyle, & que Gustave conduisoit vers Mayence ses troupes victorieu-ses, le Comte de Tilly raílèmbloit les débris de son armée. Charles Ducde Lorraine lui amenoit des troupes fraîches, & qui ne respiroient que laguerre : mais rien ne pouvoit arrêter le rapide torrent qui inondoit l’Alle-magne: un espace de plus de cent lieues depuis l’Elbe jusqu'au Rhin futconquis par Gustave. Mayence ne conta aux Suédois que quelques jours desiégé; ils panèrent le Rhin k la vue des troupes Espagnoles qui isolèrents’y opposer ; & Gustave qui joignoit un peu de vanité à sa grandeur, fitélever une pyramide sur le bord de ce fleuve. Frédéric le pria de le réta-blir dans son Palatinat ; Gustave voulant lui montrer , qu'il sçavoit refuserles Principautés, comme il sçavoit les donner , fut insensible' k fa priere :cependant il lui laiflà entrevoir quelque espérance pour l'avenir, & lui per-mit de raccompagner au champ d’honneur. Pendant ce temps les villes en-voyoient leurs clefs au devant du conquérant , il triomphoìt fans avoir lagloire de combattre. La terreur avoit passé même au delà de l'Allemagne:à la faveur de cette consternation générale l’Electeur de Saxe s’étoit empa-ré de la Bohême , lorsque Prague fut pour lui ce que Capoue avoit étépour Annibal, & au bruit de tant de succès, la ville de Brême, les Etatsde Baflè Saxe,les villes Protestantes, les Comtes de Weteravie & de Wes-terwald, & toute la Ligue de Leipsig ne balancèrent plus à se déclarerpour Gustave. Dans le Coníèil de Vienne on accusoit le Comte de Tillyde tous les malheurs de l’Empire ; on lui ôta le commandement de l’ar-
Hijl. d’AI.leniagne,
1558-1(548.
Bataille dtLeipsig .où les Im-périauxJor.t défaitspar les Sué-dois.
Conquîtesrapides dtGustave.
(0 Chemnits, p. 207. Puffend. L. 3.