HISTOIRE DE L’EMPIRE DE RUSSIE, Lrv. XXX. Sect. I. 22t
Remporte pas fur les Rois de France ou d’Angleterre. (1) Mais on peut Srcr. I.conjecturer, que, si la servitude étoit abolie en Russie, si lagriculture y ín fi- úsétoit encouragée, si les arts & les sciences y étoienc cultivés avec liberté, si iluíIÎÍ -la rigueur féodale y étoit tempérée, íi enfin cet Empire lé' peuploit en me- ' '
me proportion que les Monarchies floriíìàntes, où le citoyen ne dépend quedes loix & du Souverain,il arriveroit néceíîàirement, ou que les provinces lesplus éloignées de la Russie s’érigeroient en Etats indépendans de la métro-pole, ou, si les Russes demeuro'ient sideles à leur Souverain, le Prince fe-rbit asièz puiílànt pour faire la loi à l'Europe & réaliser la chimère de laMonarchie Universelle, si longtemps & si vainement poursuivie par quelquesMonarques.
Pierre I. a donné aux Russes des villes, des arts, des canaux, une mari- Insuffisantene, des loix, & des lumières. Mais fa bienfaisance ne s’est étendue quefur les capitales & fur la noblesse ; le peuple des campagnes, surtout dans les pi'^e Lprovinces intérieures, n'est gueres sorti de la barbarie. Pour rendre leshommes meilleurs, plus heureux, & plus éclairés, il faut commencer parabolir la servitude féodale. On ne peut attendre aucune industrie d’un escla-ve. Les paysans Russes font donc en général à peu près ce qu’ils étoiencavant le régné de Pierre I. La cour feule & les grandes villes ont changéde moeurs. Mais le philosophe à qui.les titres rt'en imposent pas, & quivoit quarante,millions d'hommes esclaves, ignorans, grossiers, timides, tan-dis que douze cents mille tout au plus font policés, industrieux, pleins decofirage & de génie, ne croît pas que cette exception puisiè Pempécher dedire, en général, que telle nation est encore malheureuse & barbare. De-puis la révolution opérée par Pierre 1 , les yeux des étrangers ne fe fourfixes que fur la superbe ville de Pctersbourg, & fur celle de Moscow.
Leurs relations font assez sideles, quoique leurs peintures soient très brillan-tes: mais la plupart semblent tendre à nous faire juger tous les Ruíses parles habitans dc ces deux villes, qui, au fonds, reísemblcnt à toutes les ca-pitales de l'Europe, qu’elles ont plus ou moins imitées. Nous pensons quele tableau des moeurs Rusiès, telles qu’elles croient avant Pierre I, fera pluscurieux & même plus satisfaisant que celui des mœurs actuelles, qui ne fontqu’un reflet des mœurs de Paris & des autres capitales.
Les Rusiès étoient défíans, soupçonneux, inquiets, parce que reconnoif- Caraïïeresimt la supériorité des autres nations, ils craignoient toujours d’être les du- à Russes.pes de l’industrie & des lumières des étrangers. Les prêtres ont été long-temps despotes, comme ils le font chez tous les peuples ignorans. Lorl-que, vers le -milieu du seizième siecle, le Czar voulut établir un college,
& introduire Pimprimerie dans fes Etats, tout le clergé fe souleva contreces institutions : elles ne lui étoient pas moins néceílàires qu’au peuple ;mais les prêtres n’étoient pas encore allez ignorans, pour ne pas sentirque si la nation cessoit de l'être, leur puiíìance temporelle feroit bientôt 'renversée; ils imitèrent le législateur des Musulmans, à qui la présence d’unfçavant auroit inspiré plus de terreur, que les armées les plus formidables,
, (D Confrontez Whitvoorttís Account of Ruffie in 171c. p. 27 ; la Géographie d c flu-Jfhing loiu. I. & Foliaire Ilist. de Ruffie fous Pierre le Grand, Tom. 1 . p, 53 & fuiv.
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