203
DE RUSSIE, Liv. XXX. Sect. I.
paiFoicm des excès d’un jeûne religieux, à ceux de Tivresse & de la débau- Hijl. éeche. Une femme stérile étoit battue par son époux, jusqu’à ce qu’elle allât Russie *
chercher un asyle dans un couvent : la loi étoit sourde à ses plaintes & lui "
faií'oit un crime de fa stérilité. Loríque le Czar vouloir fe marier, on luiamenoit les plus belles filles de l’Empire ; & celle qui effaçoit fes rivales enbeauté étoit couronnée : le Souverain s’informoit peu, si son esprit étoit or-né, si son jugement étoit sain, si son cœur étoit sensible: du sein de l’indi-gence & de l’obscurité, une fille, sans talens, fans principes, fans lumiè-res, fans autre mérite enfin que fes charmes, montoit tout k coup fur letrône. On fera étonné fans doute que le sceptre de Russie soit porté par lesexe, & qu’un peuple qui respecte si peu les femmes fe laiílè gouverner parelles. Mais les contradictions n’ont rien d’étonnant dans quelques constitu-tions ; & on a observé depuis longtems que les hommes ont plus de part augouvernement lorfqu’il y a une femme fur fe trône, ' que lorfqu’clles gou-vernent le Prince & fes Ministres. Le Czarowitz ou fils du Czar ne fe mon-troit point aux yeux du peuple avant l’âge de quinze ans: jusques-là il étoitgardé par des témoins, dépositaires du secret de l’Etat, & juges de l’identitéde ce Prince. C’est cette conduite mystérieuse, qui a ouvert le chemin dutrône à l’ambition de tant d’imposteurs : en gagnant ces Vidames, il étoit aiséde tromper une nation, (Tailleurs très crédule, & qui n’avoit jamais vu l’hé-ritier du trône. Les simples nobles, serviles imitateurs de la cour, cachoientauffi leurs enfans aux regards des étrangers, & même à ceux de leurs com-patriotes. Ainsi, à Fâge de quinze ans, un Rude qui n’avoit point encoreconnu fes semblables, entroit.dans-le monde presque aussi dépourvu d’idées,que la premiere fois qu’il avoir vu le jour. On ne lui permettoit pas mêmede voir la compagne, ou plutôt l’efclave qui lui étoit destinée, avant qu’ilsfussent unis : les antipathies les plus invincibles, les discordes domestiques,étoient les suites de ces alliances contractées fans fe connoître ; mais lafemme feule en étoit la victime. Pierre I a réformé cet abus.
La.religion Grecque est celle des Russes: de toutes les croyances Chré- Religiontiennes, c’est celle qui s’est soumise aux loix les plus féveres ; quatre carê- des Russes .mes font observés en Russie: pendant ces temps consacrés h la pénitence, ilss’abstiennent même de la chair du poisson, & fe refusent, dans leurs mala-dies, des remedes qui pourroient ranimer leurs forces & calmer leurs dou-leurs. Un préjugé plus ridicule avoir proscrit de leurs tables la chair duveau, celle de l’élan, celle du lapin, le lait daneslë & celui de jument,parce qu’ils regardoient tous ces mets comme impurs. Quelques auteursont prétendu, que la stérilité du pays avoìt multiplié les jeûnes, & que lesRusiès ne pourroient pas fe procurer -pendant toute Tannée une nourritureabondante & uniforme: mais cette stérilité est moins une faute de la nature,qu’un vice du gouvernement. Les seigneurs ne vivent que du produit du travailde leurs serfs ; & ces malheureux, uniquement conduits par la crainte , in-capables de zele & d’industrie, font peu d’efforts pour accroître une subsi-stance , qui feroit dévorée par leurs maîtres : ils laissent languir la terre lansculture, & dépérir leurs bestiaux dans les étables pendant cinq mois de Tan-née; & pour les forcer au travail, les seigneurs font contraints de lès trai-ter, comme ils traitent eux-mêmes leurs bœufs indociles & ■ pareslèux : au
C C 3