DE R U S- S I E, Liv. XXX. Sect. V.
fermât dans.un cloître; quant à Pierre, ce soupçon ns pouvoit entrer dans Hifl. del’efprit de ceux qui connoiííòient le caractère de ce Prince : son opiniâtreté Rûirie,dans fes projets l’avoit rendu cruel ; mais jamais il ne fut lâche. II n’elì pas sous Pierr *étonnant que la peur de la mort fasse mourir un Prince, infirme, fans for- le Grand -ces, ni physiques ni morales, épuisé par les débauches, qui atténuent à la fois *
& famé & le corps. Ce n’est pas la feule fois qu’un criminel soit mort defrayeur avant f exécution de la sentence mortelle; ces victimes de la justice& de la crainte, alloient du sein de la mifere au supplice : c’étoit du faîte-des grandeurs qu’Alexis tomboit fur un échaffaud; il dut donc être plus frap-pé qu’elles d’une chute plus affreuse, plus inattendue, & bien moins méri-tée. On rendit aux restes d’Alexis les honneurs de la sépulture ; ce ne futpoint l’enterrement d’un sujet condamné à la mort, mais la pompe funebred’un Czarewits. Pierre la suivit & versa des larmes : un orateur monta la tri-bune sacrée & prononça le panégyrique de ce Prince, que. son avoit con-damné, comme fourbe, indocile, rebelle, indigne de regner, indigne mê-me de vivre: il prit pour texte ces paroles de David, qui dévoient briser lecœur du Czar : O Absalon ! o mon fils Absalon ! Elles convenoient beau-coup à la situation où Pierre fe trouvoit ; mais son malheureux fils n’étoitpoint un Absalon ; il n’avoit point assassiné son frere dans un festin ; il n’a-voit point chassé son pere de sir capitale ; il n’avoit point souillé sir cou-che; il n’avoit point armé ses sujets contre lui; il ne l’avpit pas défié en ba-taille rangée.
II sembla que Pierre voulût effacer par d’importans services rendus -h la 1718.patrie, l’horreur dont il l’avoit frappée, en tournant contre son fils le glai- j\r 0 UVe u tJvc de la justice. L’année 1718 remarquable par le procès d’Alexis, le fur réformes dtauísi par une multitude d’établiísemens & de loix utiles. Pierre mit au luxe Pierre Ldes habits des bornes sages, qui ne pouvoient nuire ni à la prospérité desmanufactures, ni à la fortune des familles: il fçavoit qu’un luxe modéré faitla richesse d’un état, comme un luxe excessif en fait la ruine. Une chambrede police fut établie dans St. Petersbourg, & veilla au maintien du bon or-dre dans toutes les villes de l’Empire : les jeux de hazard furent défendus ;ils auroient dû l’être dans le monde entier; & on ne concevra jamais, parquel principe des gouvememens sages peuvent les tolérer, & des Princes,en donner í’cxemplc. Enfin, profitant en ceci de l’exemple d’une Républi-que qui avoit été fa premiere Académie, des hôpitaux & plusieurs canaux fu-rent achevés; les rues de St. Petersbourg furent éclairées pendant la nuit;on construisit des pompes pour les incendies dans toutes les grandes villes,nécessaires surtout à Moscow, qui avoit souvent été la proie des flammes. •Cependant on travailloit infructueusement à la paix dans Piste d’Aland. ï7lç>Les Suédois en perdant leur héros, n’avoient point perdu leur orgueil; ils Succès desrejettoient toutes les propositions des Russes : leur alliance avec l’Angletcrre Rufos en& la Prusse fortisioit leur opiniâtreté. Le Czar, pour les forcer aux cessionsqu’il exigeoit, fit partir l’Amiral Apraxin avec une flotte montée par quaran-te mille hommes: ils descendirent près de Stockholm; tous les environs decette capitale furent ravagés, les mines ruinées, les villages livrés aux flam-mes ; & cinquante mille quintaux de fer & de cuivre furent enlevés fur sesvaisseaux Russes, qui se retirerent à rapproche de la flotte Angloise. LeTome XLU% T t