Sect. VII.Hift. deHollande.
1567-1574-
Pillage deRotter-dam.
Révoltedes Hol-landais.
8 HISTOIRE DE HOLLANDE
sent, que lorsque les premiers seroient sortis; de maniéré qu’il n’y en eûtjamais assez dans l’enceinte des murs pour y causer quelque désordre.Ces conditions acceptées par le Comte de Bossu , furent violées par l’in-solence de ses soldats, peut-être même par son ordre. L’armée entratoute entiere & se répandit dans les différens quartiers. Le fruit de l’in-dustrie devint la proie du soldat. Le sang coula de toutes parts. LeITollandois aussi brave que laborieux, voulut dérober aux brigands ces ri-chesses qui lui avoient coûté tant de sueurs. II fut la victime de cesentiment si naturel & si juste, qui nous attache à une propriété acquisepar le travail. Rotterdam fut traité comme une ville prise d’asstut. Pilla-ge , viol, assassinat, incendie, toutes les horreurs que peut commettre lesoldat abandonné h sa propre licence , cette ville en fut le théâtre. Cesbrigands beaucoup plus coupables, que les corsaires qui les avoient faitfuir, sortirent ensin de Rotterdam , chargés de dépouilles, & aussi fiersque, si après un long siégé, dans une guerre légitime, ils avoient triom-phé de la résistance d’une ville ennemie. Le bruit de ce désastre se ré-pand aussitôt dans toute la Hollande. On frémit, on s’attend à éprouverle même sort; on croit voir déja l’avide Espagnol courant de villes envilles, exerçant les mêmes cruautés, les mêmes brigandages. On s arme,on s’anime ’à la défense commune ; les Magistrats veulent réprimer cettepremiers émeute, dont les suites peuvent être funestes au peuple, qui l’aexcitée. On les persuade, on les entraîne, & la révolte devient générale.
Le Duc d’Albe avoit méprisé cette nation, qui possédoit tous les arts,excepté celui de la guerre ; il voyoit les Hollandois tranquilles , quand lereste de la Flandre se soulevoit ; il les croyoit sans énergie & fans coura-ge ; il avoit négligé d’élever des citadelles, qui auroient contenuleurs villes. II avoit même rappellé de leur pays les garnisons Espagno-les & les avoit envoyées à Utrecht, ou elles avoient mis tout a feu &à sang , pour châtier cette ville qui refusoit de payer les subsides. (1) Havoit voulu faire élever une forteresse prés de Flessingue ; les travaux étoientcommencés. Mais les habitans condamnèrent au dernier supplice Piacé-co, Ingénieur chargé de diriger cette entreprise. Le peuple est extrêmeen tout. Cet arrêt de mort étoit aussi injuste , que ceux que lançoientles Inquisiteurs. Les Espagnols furent chassés de la Zélande ; on y reçutà leur place des François , des Anglois, protecteurs aussi dangereux quedes ennemis. La Gueldre , la Frise , le canton d’OverysTel étoient tantôtravagés, tantôt défendus par divers partis, que commandoient les Comtesde Héremberg , de Nedervonner, de Schouwenbourg. Le Prince d Orangene voyoit qu’avec inquiétude la Nation se soulever avant d’être unie,tant de petites ligues partielles nuire à la ligue générale qu’il avoit projetté.II craignoit que son dessein n avortât pour avoir éclaté trop tôt. En effetles Espagnols remportoient de grands avantages fur terre ; mais fur lamer la fortune des armes ne leur fut point favorable. Toute une flotteque commandoit le Duc de Médina Ccdi fut prise par les Zélandois.Peu s’en fallut qu’il ne tombât lui-même en leur pouvoir. II venoit pren-dre
(1) Grotius Annal. Liv. II. '