HISTOIRE DE L’EMPIRE DES MOGOLS. Liv. IV. CiíAP, IH.^337marais, qui avoir empêché les ennemis d’investir toute la place: fi bien A.D.J.C.que le Khan fe flattoit qu’il pourroit enfin rebuter les Mogols ; maisElak Nevìan , ayant reçu de nouvelles troupes que le Prince Juji lui en- ( lcvoya, redoubla ses assauts , & fatigua tellement les assiégés qu’ils désespé* Khan.rerent de résister plus longtems. Cependant Timur Malek eut recours à un ' 111stratagème. II avoir fait bâtir autrefois une espece de Forteresse à l’extré-mité de la ville dans une petite Ile (*), qui étoit de très - difficile accès ;il mit dans ce Fort mille hommes, & envoya au camp des Mogols de sesgens, qui en se disant déserteurs conseilleroient aux ennemis d’attaquer ceFort, en les assurant que dès qu’il seroit pris, la ville seroic obligée de serendre. Elak s’y laissa tromper, & fit tourner ses machines de ce côté-là ;mais comme le Fort étoit très-élevé & bien bâti, que d’ailleurs il étoittrop éloigné des bords de la riviere, les Mogols, après savoir battu plu-sieurs jours, manquèrent de pierres & d’autres matériaux ; ce qui les re-tarda beaucoup, parce qu’il fallut en aller chercher à plus de trois lieuesdu camp.
Cette difficulté ne les rebuta point, & ils s’engagerent gayement ? cetravail : quand ils en eurent apporté une grande quantité, le Général s’enservit d’une autre façon qu’il n’avoit fait pour prendre le Fort, au-lieu deles faire lancer, ce que f éloignement rendoit inutile, il les fit jetter dansla riviere, pour faire une digue qui facilitât les approches. La plus gran-de partie de l’armée fut occupée à cet ouvrage (f), qui étoit extraordi-nairement difficile, à cause des grands creux qui étoient dans le lit de lariviere. Les gens de pied apportoient les pierres jusqu’au bord de seau,
& les Cavaliers les alloient jetter pour les mêler avec les terres & les ar-bres entiers qu’on lioit ensemble, ainsi que les fascines & les autres chosesdont il falloir se servir pour affermir l'ouvrage. Les assiégés incommodoientbeaucoup le travail, souvent avec leurs machines, & quelquefois par dessorties qu’ils saisoient sur leurs brigantins armés, ils renveríòient la digue& détruifoient tout ce qui avoir été fait. Enfin Timur Malck n’oublia rien Sa retrai-te ce qui pouvoit traverser cette entreprise, mais quand il vit qu’il ne te.pouvoit disputer plus long-tems aux Mogols le passage de la riviere, il semit dans ses barques avec tout son monde ; pendant le siégé il en avoirfait construire jusqu’à soixante-dix, & il les avoir fait enduire d’une cer-taine matière où il entroit du feutre humide, pétri d’argile & de vinaigre,desorte que ni les fléchés ni ìes feux ne pouvoient nuire aux bâtimens.
Comme le pont de communication étoit un obstacle à fa retraite, il fitfaire une nuit une sortie ; & pendant que l’Offieier qui la commandoit at-taqua les gardes du pont, quelques barques remplies de goudron & denaphte mirent le feu aux pontons qui le formoient, & ouvrirent le che-min au Khan & à fa flotte, qui s’abandonna au courant de seau.
Dès
(*) Ahu'lghazi Khan dit que l’isle étoit tout devant la ville, & que le château étoit ex-trêmement fort.
(t) Le même Historien rapporte qu’on se servit des habitans de Farnakant, qu’on te*nuit captifs pour travailler à cet ouvrage.
Tome IVÍL Yv