Ster. I.//r/t. de
Bohême,
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Le peuple sesoulevé con-tre elle .
£//« choisitun époux,
94 HISTOIRE DE BOHEME,
elle tous les outrages que fa fureur put lui dicter; il fort, la vengeancedans le cœur, le blasphème à la bouche, assemble ses amis: „jusques„ à quand, leur dit-il, une femme nous accablera -1 - elle fous le poids„ de fa tyrannie? n’est-ce donc pas assez de la honte de savoir choiíìe,, pour nous commander ? faut-il encore être les jouets de ses caprices?„ la Bohême n’a-t-elle donc pas de citoyens assez sages pour regner fur„ elle? ah! que Lybussa abuse le peuple par des Oracles menteurs; mais„ qu’elle abandonne le sceptre à des mains dignes de le tenir”. Cediscours échauffe les esprits, on court aux armes : mille cris séditieuxse font entendre: au premier bruit de cette révolte , Lybussa se retiredans le château deKolin , dont elle avoit posé les fondemens, & quiportoit alors le nom de fa fondatrice ( 1 ). Ces rebelles accourent enfoule vers ces murs : Lybussa espéra plus du pouvoir d’une fable, quede celui des armes ; elfe ordonna qu’on ouvrît les portes, & la multitudese précipite en foule dans le château ; Lybussa obtient un moment desilence, & tient les esprits en suspens par cet apologue ingénieux. „ Les„ pigeons, dit-elle , voulurent un jour se choisir un Roi : ils élurent„ une jeune colombe, mais comme le bonheur même devient fastidieux,„ lorsqu’il est. constant, ils furent bientôt ennuyés de la douceur de son„ gouvernement, & résolurent de la déposer; qui choisirent ils pour„ Roi? un épervier, qui les dévora tous”.
_ Les Bohémiens de ce temps là, non plus que ceux du nôtre, n’avoientni îe jugement ni la sensibilité des nations polies que l’Esclave Phrygieninstruisoit par des apologues ; une fable n’étoit pour ces peuples gros-siers qu’un récit ordinaire ; le sens moral en étoit perdu pour eux : unEsclave étoit écouté dans la Grece : une Reine ne le fut pas en Bohê-me: toute rassemblée s’écria qu’elie vouloit un maître. Lybussa répon-dit, qu’au milieu des ténèbres elle alloit consulter les Dieux, & que lelendemain elle leur annonceroit leur volonté suprême ; le jour suivanton s’assemble; Lybussa paroîc; on attend avec impatience l’oracle qu’elleva prononcer: ,,le maître que le Ciel vous destine, dit-elle, est Premislas”.A ce nom tous les Bohémiens se regardent avec étonnement, s’interro-gent fur le fort de cet homme; aucun ne le connoît. „ Premiílas, re-prit Lybussa, est un simple laboureur; vous le trouverez près de fa„ cabane, prenant un repas frugal fur une table de fer”. Dubraviusajoute, qu’on choisit dix députés pour aller lui porter l’hommage de lanation , que la Reine leur ordonna de suivre son cheval à travers lesforêts & les campagnes, & de se prosterner aux pieds du laboureur de-vant lequel cet animal s’arrêteroit: ainsi le cheval de la Prophétesse de-venoit, pour ainsi dire, Electeur. C étoit traiter les Bohémiens à peuprès comme Caligula traita les Romains, lorsqu’il fit son cheval Consul:au reste, cette circonstance a tout l’air d’une fable; il scroit aisé de lui
(O C’est )e sentiment de Dubravius. Suivant Stransky, la ville de Kolin, en LatinColtnia, a été ainsi appellée du mot Koli, qui, dans !a langue des Bohémiens, signifiepieux ou palìjjaies. Cette étymologie est d’autant plus vraisemblable que, dans les pre-miers temps, les villes n’étoient fortifiées qu’avec des palissades, les maisons elles mê-mes n etoient «zu'un assemblage informe de tiges d’arbres posées les unes fur les autres.