LIVRE 1 er , CHAP. III. iy§
Louis XVI , effrayé des dangers de la propaga-tion des principes révolutionnaires, donna facile-ment accès aux plaintes des émigrés. Il crut d’a-près leurs promesses qu’il serait aussi prompt etaussi facile de rétablir l’ordre en France avec 100mille hommes de bonnes troupes, qu’il l’avaitété de mettre un terme aux troubles de la Hol-lande avec 20 mille Prussiens . Bischofïswerder,favori aussi présomptueux qu’ignorant, excitéparM.de Calonne , lui présentait cette expédi-tion comme une promenade glorieuse qui dure-rait tout au plus quelques mois. Les ministres duRoi étaient des hommes d’Etat trop éclairés pourse bercer de telles espérances, mais le langagede la saine raison échoue toujours devant lespassions des princes; surtout quand pour pré-venir un danger, on ose dissiper les illusions degloire qu’ils se sont formées.
L’Empereur qui n’avait pas encore oublié lesnégociations de Reichenbach était aigri contrela politique prussienne. 11 veuait de terminer uneguerre pénible contre les Turcs, que Joseph avaitmal entreprise et mal dirigée, et il ne jugeait pasde son intérêt d’en commencer une autre dansl’état où se trouvaient ses provinces. Léopoldavait d’ailleurs donné, dans son administrationpaternelle de la Toscane , des preuves de la géné-rosité de ses principes, et semblait plus éloignéque les autres à courir les risques d’une guerre