Sect. II.
Mœurs &CoutumestJes Egyp-tiens.
Culte t!esAnimaux.
380 HISTOIRE ASIATIQUE', Livr. I.meuroit dans ce lieu sacré, ses domestiques ne l’ayant jamais vu, nevoulurent pas le laisser entrer, mais le repoussèrent d’une manière violente.Sur quoi s’étant retiré dans une autre Ville, il assembla un bon nombre d’hom-mes,avec lesquels il tomba fur les domestiques de fa Mère,& entra ainsipar force: & c’est en mémoire de cette action,que le combat dont il s’a-' git a été institué.
Mais ce qu’il y avoit fans contredit le plus remarquable dans la Religiondes Egyptiens , c'est le Culte insensé dont ils honoroient certains Ani-maux; comme le Chat, Ylchneumon, le Chien, Y Ibis, le Loup, le Croco-dile, «St plusieurs autres; qui étotem pour eux des Objets de vénération,après leur mort, auffi-bien que pendant leur vie. Pendant qu’ils vivoient,toutes ces espèces d’Animaux avoient chacune leurs terres, destinées àleur entretien: & plusieurs Hommes & Femmes avoient l’emploi de lesnourrir & de les accompagner, les En fans succédant à leurs Parens danscette fonction: qui, bien loin d’être vile, étoit tellement estimée chez lesEgyptiens , que ceux qui la remplissoient en faisoient gloire, portant cer-taines marques, afin qu’on les distinguât de loin, à qu'on leur témoignât lerespect qui leur étoit dû,en fléchissant le genou. Les Habitans des diffé-rentes Villes,dans lesquelles ces Animaux étoient adorés,adreffoient leursprières à ces Gardiens, auffi-bien qu’aux Dieux auxquels ils étoient consa-crés; particulièrement, quand il s’agifloit de la santé de leurs enfans, ilsavoient coutume de leur raser la tête, quelquefois entièrement, quelqua»fois la moitié, ou la troisième partie; &, après avoir mis les cheveux dansun des bassins dune Balance, & de l’argent dans l'atitre,stl’argent faifoitpancher la Balance, ils le donnoient aux Gardiens des Animaux qui l’em-ployoient à la nourriture de leurs Dieux. Cette nourriture consistoit ordi-nairement en poisson coupé en pièces; mais pour les Ichneumons , & lesChats, on leur donnoit quelquefois du pain & du lait.
Si quelqu’un tuoit un de ces Animaux sacrés de dessein prémédité, ilétoit puni de mort; L s'il avoit fait la chose fans le vouloir, son châtimentétoit remis à la discrétion des Prêtres : que si, de dessein prémédité ounon, quelqu’un tuoit un Chat, un Faucon, ou un Ibis, il devoit mourirfans miséricorde, le Peuple furieux se jettant sur le malheureux, & l'ak-sommant la plupart du tems fans autre forme de procès (a). C’est dequoi on trouve un exemple remarquable dans la personne de ce Romain ,qui, ayant tué par accident un Chat, fut mis à mort par le Peuple, quin’eut égard, ni à l’entremise de quelques Personnes considérables envoyéespar le Roi pour demander fa grâce, ni à la crainte du pouvoir des Ro>mains , avec qui les Egyptiens étoient fur le point de faire la paix (b). Pourcette cause, si quelqu’un trouvoit par hazard une de ces Bêtes mortes, ils’en tenoit à une distance raisonnable, «L protestait avec de grandes la-mentations , qu’il l’avoit trouvée sans vie. Ce qui paroîcra encore plusétrange , c’est que dans un tems de Famine, qui contraignit les habi-
00 Herod. L. II. & Diod. Sic, L. I- P* 7 6 - G) Diod. ibid. p. 75 .