DE L’EGYPTE JUSQU’AU TEMS D’ALEXANDRE, CilAP.III. 473
qu’ìl témoigna de cette mort, éclata non feulement par ses plaintes, maisSECT. v.auffi par le genre extraordinaire de Pompe funèbre dont il honora son ca-^4- âdavre. II fit faire une Vache de bois, creuse en dedans, & richement do- gypte.rée, & y fit mettre le corps de fa fille. Cette Vache ne fut pas enter- " srée, mais exposée en vue dans un magnifique Appartement du Palais dans n ^ ur t. *la Ville de Saïs; Appartement, où l’on entretenoit de la lumière toutes Et 'les nuits, & où l’on bruloit pendant le jour les parfums les plus délicieux, enterre-Dans une Sale voisine, on voyoit représentées vingt Femmes nues,que les ment dePrêtres de Saïs difoient avoir été les Concubines de Mycérinus. Mais comme cette Priu 'cela arrive ordinairement dans les traits d’Histoire d’une grande antiquité, ce ^‘ce n’est pas-là la feule manière dont on raconte l’histoire de cette Vache,
& de ces statues. On prétend donc que Mycérinus , devenu amoureux defa fille, la viola. La Princesse, trouvant après un pareil affront la vie insup-portable, fe pendit. Les vingt statues de l’Appartement voisin, disent ceuxque nous citons, étoient les femmes qui avoient servi à la livrer aux infâ-mes désirs de son Père, & à qui la Reine pour cette cause coupa les mains.
II est vrai qu’on ne leur en voyoit pas ; mais notre Auteur, témoin oculai-re de la chose, nous assure qu’elles étoient tombées de vieilleíîe, & répan-dues çà & là dans la Sale. II nous apprend de plus, que cette Vache étoitagenouillée, & de la taille des plus grandes Vaches qu’il y ait. Sa tête & soncou étoient tout couverts d’or ; entre fes cornes il y avoit un Cercle d’orqui représentoit le Soleil ; & tout son corps étoit couvert d’un Tapis de Tyr.
Cet Animal qui fervoit de Sépulcre , restoit dans le même Appartementpendant toute l’année, hormis un jour qu'on l’expofoit en plein air, confor-mément à une prière que la Défunte avoit faite à son Père, savoir qu’il luifut permis de contempler une fois chaque année le Soleil.
La mort de fa Fille ne fut pas le seul malheur qui accueillit Mycérinus. L’OracleCe Monarque en essuya un bien plus terrible, consistant en une prédiction lk Emusde l’Oracle de Butus, qui lui dénonçoit qu’il n’avoit plus que six ans à vi- lu \ âét:1 ^vre, & qu’il mourroit sûrement la septième année. Effrayé par cette pro-A„phétie, il fit remontrer à l’Oracle, que son Père & son Oncle, qui avoient d'amécsété des monstres en fait d’impiété & de cruauté, avoient vécu longtems \ à vivre.
& que fa clémence & fa piété feroient fort mal récompensées, si une pré-diction si sévère s’accompliffoit. A cela il eut pour réponse, que son Pè-re & son Oncle favoient le Decret du Sort, qui avoit condamné les Egyp'tiens à cent cinquante ans d’efclavage & de misère, & avoient agi con-formément à cette connoiffance; mais que son ignorance à cet égard, quif avoit porté à interrompre le cours de leurs maux, étoit cause qu’il lui ref-toic si peu de tems à vivre. Cette réponse, qui lui faisoit voir que lasentence prononcée contre lui étoit irrévocable, l’engagea à passer le plusagréablement qu’il J u i étoit possible, l’espace qu’il avoit encore à parcourir.
Par des illuminations il faisoit de la nuit un jour artificiel, & n’employoit lltáh dson tems qu’à boire & à se divertir ; appellant, pour ainsi dite, toute la Na- convaincreture au secours de fes plaisirs. II s’imaginoit par cette espèce de finesse, f Oracle desavoir de faire de la nuit le jour, convaincre ì’Oracle de fausseté , Sc s\-f av ^ té '
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