DES JUIFS JUSQU’A LA CAPT. DE BABYL. Chap. VII. i 7P
cent-dix ans lorsqu’il mourut, âge très - différent de celui qu’avoient at- Secr.r.teint ses ancêtres ; ce qu’on pourroit attribuer avec raison à la diffé- Depuis
Abraham
- , jusqu à
sieurs Livres de ses amours avec Zoleikhah fille de Pharao, femme de son Maître Pois- Moyse,phar, qu'ils lisent afin d’allumer i’amour de Dieu dans leurs cœurs: ces Livres étant par- — ■ ■ . ...Mi eux ce que les Cantiques font chez les Juifs & chez les Chrétiens , c’est-à-dire, uneallégorie de l’amour qu’íl y a entre Dieu & l’Ame fidèle. Pour ce qui regarde l’Histoireque Mahomet fait de Joseph, quoiqu’elle soit très-différente de celle qu’en donne Moyse ,nous ne laisserons pas d’en rapporter quelques échantillons (i). Joseph ayant informé sonpère du songe où il avoir vu le Soleil, la Lune, & douze Etoiles fe prosternant devantlui, Jacob lui défendit de le raconter à fes frères , de peur que le Diable ne les ten-tât à conspirer contre lui. Les frères, voyant qu’il étoit plus aimé qu’eux , formèrentle dessein de le tuer. Pour cet effet ils persuadèrent à leur père de l’envoyer avec euxaux Champs, fous prétexte que ce feroit un plaisir pour lui, promettant en même temsqu’ils auroient de lui tout le foin possible. Jacob répondit qu’il craignoit qu'ils ne négli-geassent de prendre garde à'lui, à quoi ils répliquèrent, ,, Avez-vous peur que les„ Loups ne viennent, & ne le mangent en notre présence, ou que nous manquions de,, force pour le défendre”? Le père s’étant rendu à ces raisons, ils prirent le lendemainJoseph avec eux, & le jettérent dans un puits. Ils revinrent à la maison le même soir, &dirent à Jacob que pendant qu’ils s’amusoient à se disputer le prix de la course, & queJoseph gardoit leurs habits, un Loup étoit venu & l’avoit dévoré; & trouvant que leurpère avoir de la peine à croire cette histoire , ils lui montrèrent la chemise ensanglan-tée de Joseph ; fur quoi Jacob leur dit que c’étoient eux qui l’avoient tué, & qu’ils enrépondroient devant Dieu.
Une Caravane, qui passa par hazard le même jour près de l'endroit où étoit Joseph ,ayant besoin d’eau, laissa descendre dans le puits un sceau, par le moyen duquel Josepheut le bonheur d’être tiré de cette espèce de prison. Les Maîtres de la Caravane lui don-nèrent des habits, & remmenèrent en Egypte , où ils le vendirent pour une très-petitesomme d’argent. Celui qui l’acheta le donna à fa femme, en lui disant que cet Esclaveleur feroit un jour très-utile, & leur «endroit lieu de fils. Joseph ayant en ce tems-làautour de vingt ans, fa Maîtresse Zoleikhah devint amoureuse de lui, l’enferma un jour dansfa chambre , & lui déclara fa passion. Joseph refusa de répondre à ses désirs, & sesauva du côté de la porte; mais avant qu’il pût l’ouvrir , elle empoigna fa chemise &la déchira de-dessus son dos. Son époux se trouva par hazard à la porte. Zoleikhah, ra-yant'apperçu , commença à faire d’améres plaintes de la hardiesse que Joseph avoir eued’attenter à fa pudicité, demandant qu’il fût puni sévèrement : & appellant un enfantqui étoit dans le berceau à témoin de la vérité de ce qu’elle difoit, à l’instant mêmel’enfant répondit que si la chemise étoit déchirée par devant il étoit coupable ; maisque. si elle étoit déchirée par derrière il étoit innocent, & que l’accufation étoit fausse.
Le cas ayant été examiné, la chemise déchirée par derrière justifia Joseph , & trahitl’intention de fa Maîtresse.
Tome la Ville fut bientôt pleine du bruit de cette avanture, & Zoleikhah ayant apprisque les Dames en prenoient occasion de gloser fur son chapitre, résolut de les inviter àun sestin, & de leur faire voir Joseph dans le tems qu’elles seroient à table. Elle leSt, & ce jeune-homme ne parut pas plutôt, que fa beauté frappa les Dames d’un telétonnement, que s’écriant à haute voix que ce n’étoit pas un homme mais un Ange,e Ues eurent la distraction de se couper les doigts, croyant couper les viandes qui é-^'ent devant elles. Ainsi fut arrêté le cours de leurs médiíânces. Quelque tems après,Zoleikhah fit une seconde tentative par rapport à Joseph , mais qui lui réussit aussi malque la première; malheur qui l’irrita tellement contre !ui, qu’elle le fit envoyer en pri-son, où il expliqua le songe du Boulanger & de l’Echanson. Joseph passa en prison neufans entiers, au bout desquels il en fut tiré pour interpréter le songe de Pharao: interpré*tâtion dont ce Prince fut si charmé, qu’il fit Joseph Surintendant de fes Finances.
(l) Kbliot. Orient. Jousouph Ben Jacob.
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