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2/2 (1770) L' histoire des anciens Syriens, des Pheniciens, & des Juifs depuis Abraham jusqu'à Saül
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DES JUIFS JUSQUA LA CAPT. DE BABYL. Chap. VU. ,8r

une compensation raisonnable pour la distance du tems , d u lieu, & s ECT>quelques autres circonstances, ils nous paroîtront les hommes du Mon- Depuisde les plus propres â être eux-mêmes heureux, & contribuer au bon- ààmheur de la Société Civile. Si leurs descendans, après quils furent de-venus possesseurs du Pays de Canaan , dégénérèrent si prodigieusement, ycomme on le verra dans la fuite de cette Histoire, ce malheur ne peutêtre attribué quà lhabitude de bassesse & de lâcheté quils avoient con-tractée pendant leur long esclavage; habitude qui avoit jette de si pro-fondes racines, que ni les quarante ans quils errèrent dans le Désert,pendant lesquels une nouvelle génération devoit être toute formée, niles Loix salutaires que Dieu daigna leur prescrire, ni lexemple de leursancêtres que Moyje leur avoit mis devant les yeux, ni enfin tous les châ-timens rigoureux que leur obstination invincible leur attira, ne furentcapables de les arracher.

il faut avouer cependant, quà moins que nous ne puissions nous dé-pouiller de la prévention que nous avons pour nos Coutumes, notresems, & notre Pays, nous serons disposés à condamner, non seulementdans les anciens Patriarches , mais aussi dans tous les Peuples qui lesont imités à cet égard, cette partie de leur Religion qui consistoit dansle sacrifice dun certain nombre de Créatures vivantes; leur grande sim-plicité , leur vie errante & laborieuse , leur mépris apparent pour lesArts & pour les Sciences; le peu de cas quils faisoient de lÀise, duLuxe, & des Titres dhonneur: toutes ces choses, & un grand nom-bre dautres, pourront être blâmées par bien des gens, & les chan-gemens introduits à ces égards être regardés comme un avantage ; queles uns attribueront au foin quon a pris de cultiver les Arts & les Scien-ces, & dont les autres, plus ridiculement encore, feront honneur à laReligion. Mais ce nest pas à de pareils juges que nous en appelions;ne reconnoissant, fur le sujet en question, pour arbitres, que ceux fur lesjugemens desquels la coutume ni lexemple nont pas la moindre in-fluence.

Pour prononcer fur la matière dont il sagit, il nest pas nécessairede remonter plus haut qu 'Abraham. Ce Patriarche avoit conversé avecquelques - uns des Patriarches qui avoient vécu avant le Déluge, & étoitcertainement au fait de leur maniéré de vivre; ou plutôt il avoit étéélevé de la même manière queux , & étoit si grand partisan de ce§ e nre de vie, quil le préféra à celui des autres Nations parmi lesquellesfl vécut, & qusi y éleva ses enfans. Car il faut íè souvenir ici, quen^ tems- chaque Famille composoit une maniéré de Royaume, donte Chef étoit à tous égards, si nous en exceptons le nom de quelques céré-irionies gênantes, le Monarque suprême & absolu. Comme tel Jbrahamfìtla Guerre ou la Paix, des Alliances offensives & défensives avec les Princesvoisins, comme il le jugea à propos (a) ; & sil y avoit quelque différence

Qi) Gen. XIV. r 3 - XXV!. 26. & íuiv.2 3