HISTOIRE DE PERSE. Liv. I. Cil. XI. 13fi, d’un côté, la haine qu’on -avoit pour ce Prince, a été cause qu’on !'a. défiguré, de routés sortes de manières, au point de le rendre méconnois*fable; de l’autre,les fautes des Copistes, qui ont transcrit d’anciens Poè'tes,ont pu aussi y contribuer. Comme ce Monarque avoit acquis ia Couronne*l’épée à la main, il gouverna aussi fes Sujets avec un Sceptre de fer. Cepen-dant c’étoit un grand Génie, mais qui n'employoit son esprit qu’à faire dumal ; ce qui lui étoit d’autant plus facile. qu’il avoit étudié les noirs Secrets dala Magie. Et comme si tout cela n’avoitpas encore suffi pour inspirer de l'ef-froi,les Auteurs Persans le représentent avec un visage maigre & pâle, desyeux étincelans & égarés, un air fièr & hautain, & un corps touc-à-fait dif-forme. Sa férocité naturelle étoit encore irritée par une maladie cruelle & in-curable , consistant en deux ulcères douloureux, un fur chaque épaule. La sen-sation que ces ulcères lui faifoient éprouver, étoit semblable à celle qui fuitla morsure d’un Serpent, & c’est apparemment ce qui a donné lieu à unConte qui fe trouve dans un fameux Koman Oriental : savoir, que le Dé-mon, après lui avoir obéi pendant plusieurs années, demanda à ia fin pourtoute récompense, qu’il lui fût permis de lui baiser les épaules. Cette grâceayant été accordée au Démon, un horrible Serpent fe jetta tout- à-coup furfes épaules, & à force de ronger s’y creusa une demeure. Quelque Sorcier,ou le Démon même, suggéra en songe à Zoak un remède inhumain, quiétoit de laver fréquemment ces ulcères avec du sang Humain tout chaud,ou, suivant d’autres, d’y appliquer la cervelle de quelques Hommes nouvelle-ment tués. Au commencement le Titan faisoit mettre à mort toutes sortesde Criminels ; mais quand il n’y en eut plus, le désir de trouver quelquesoulagement à sa douleur l’engagea à n’épargner personne. Les Prêtres &les principaux Seigneurs de fa Cour employèrent tous les argumens possi-bles pour le porter à ne faire usage que de sang & de cervelle de Brebis,mais inutilement. Ceux qui étoient chargés de la cruelle commission d’im-moler tant de victimes Humaines, en laillòient par pitié échapper plusieurs,qui, tant pour leur conservation propre , que pour celle de leurs Bienfai-teurs , fe sauvoient dans les Montagnes, où ils formèrent une Nation, con-nue dans la fuite fous le nom de Curdes (a). Durant tout le cours de sonRègne Zoak fit chercher Phridun, fils de son Prédécesseur ; mais la Mè-re de ce jeune Prince fut si bien le cacher, qu’il fut impossible aux Emis-saires de Zoak de le trouver. Le Tiran s’en vengea fur le Père de cetteReine, en le faisant mettre à mort: traitement qu’il fit aussi éprouver àtous ceux qu’il soupçonnoit être dans les intérêts du jeune Phridun. La prin-cipale cause de tant de cruautés, étoit un songe où Zoak vit trois Hommesqui venoient l’attaquer. 11 lui parut qu’un d’eux lui donnoit un coup mortel,que les deux autres défaifoient fa ceinture, & après s’en être servis pourlui lier les pies, le transportoient dans le Territoire de Damavcnd. pouravoir Interprétation de ce songe, il consulta tous ceux de son Pays quifaifoient profession de les expliquer. Leur réponse unanime fut, qu’il étoicmenacé de perdre la Couronne & la Vie,parce que la ceinture étoit con-
0 )
Mirkbond Hist. Sect. VI.
R 3
Section-
V.
Histoire’e Perse.