HISTOIRE DE PERSE. Liv. I. Ch. XI. 85
Persans croient avoir été le fils que Darab avoit eu de cette fille de Filìkousqu’il renvoya à son Père, & rengagèrent à entrer en Perse avec une Ar-mée, lui promettant de se joindre à lui dès qu’il amèneroit des Forcescapables de les protéger, & de le mettre en possession d’un Trône que .Darab leur paroiísoit indigne d’occuper. Pour fournir une occasion de guer-re, ils lui conseillèrent de refuser le payement du Tribut annuel imposé àson Père; & le Roi de Macédoine goûta fort toutes ces propositions. Darab ,ne recevant pas le Tribut ordinaire, renvoya demander par un Ambassa-deur, à qui Ascander répondit que ceux qui payoient le.Tribut dans sonPays étoient morts; maisd’autresdisent, quelesPiècesd’or, quiscrvoientau payement, signifiant en mêmetems une Pièce de Monnoie& un Oeuf,répondit à l’Ambassadeur, que l’Oiseau qui avoit pondu ces œufs, s’étoitenvolé dans un autre Monde, faisant allusion à la mort de son Père, qui avoitchargé ses Sujets de ce Tribut. Cette réponse irrita terriblement Darab ,qui, pour témoigner en même tems, & son ressentiment, & le méprisqu’il avoit pour un si foible Ennemi, lui envoya un second Ambassadeuravec un présent énigmatique. Ce présent étoit une Cassette, où il y avoitune branche d’arbrisseau, une boète remplie de petites pierres, & une au-tre boëte pleine demonnoie: la branche signifiant, que jeune comme ilétoit, il feroit mieux de passer son tems dans ses jardins, que de se mêlerd’affaires d’Etat; les deux autres objets marquant le pouvoir & l’opulencedes Perses: le sens du tout vouloir dire, quec’étoitune souveraine impru-dence à lui, que d oser mesurer ses forces avec celles d’un aullì puissant Mo-narque. L’Ambaíîadeur trouva yJj'cander prêt à entrer ên campagne, &ainsi n’eut pas l’occasion de rapporter quelque réponse à son Maître. LesTroupes du Roi de Macédoine n’étoient pas fort nombreuses, mais ellesconsistaient en hommes choisies, vaillans & endurcis aux travaux dela Guerre. II ne trouva guères de résistance à son entrée en Afie, tantà cause de l’aversion que le Peuple avoit conçue pour Darab , que parceque les Perses étoient traités par lui, moins en Ennemis qu’en Sujets.
Ascander , étant arrivé en Arménie , reçut de Darab une Lettre, où ceMonarque témoignoit être fort inquiet fur-son sort, & lui conseilloit dene point hazarder de bataille, mais de consentir plutôt à la paix, pendantqu’il en étoit encorde maître. Le tout finissoitpar des menaces. Ascandersc contenta de lui répondre, que Dieu seul disposoit des Empires, & leschangeoit suivant son bon-plaisir. 11 continua ensuite sa marche, & défitdans la Province d ’Aderbajagjan un des Généraux de Darab, qui avoitv oulu s’opposer à son passage. D'/lderbajagjan il passa dans la Province deGsijan , laquelle, suivant Mirkhond , étoit anciennement un Royaume flo-r istant, appelìé par les habitans Encìsafet,, c est à-dire, les Indes Blanches ,Par allusion à la beauté du Pays, qui l’emporte beaucoup fur celle des In-des proprement dites. Cette Province est aussi remarquable par fa situation,Syantd’un coté la Mer Caspienne , & de l’autre une communication facileavec la Tartarie, la Perse & Y Arménie. Ascander se rendit en peu de temsmaître de ce Pays, & pénétra ensuite jusques dans la Perfide , où il trouvaDarab à la tête d’une prodigieuse Armée. Après une longue & sanglante
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Section
V.
Histoiree Perse.