Section
VI.
Histoiredes Scythes& des Go-mérites.
Fiâimes
Humaines.
150 HISTOIRE DES SCYTHES,
en faisceaux, qui couvroient trois stades de Pays en long & en large,quoique leur hauteur ne fût pas à proportion. Trois des côtés de l’Autelétoient perpendiculaires à l’horizon, mais le quatrième faifoit un angle assezpetit pourqu’on pût y monter aisément- On apportoit annuellement à cha-que Autel cent cinquante charges de fagots, pour suppléer à ceux quis’é-. toient pourris durant l’hiver. Au haut de chacun de ces monceaux étoitdressé un vieux Cimeterre de fer, comme un Emblème du Dieu de laGuerre.
Ils lui immoloient, outre les autres Victimes qu’ils offroient auffi à leursautres Dieux, un grand nombre de Chevaux, à cause que cet Animal aquelque chose de noble & de guerrier ; & ce qui étoit encore bien plus cho-quant, ils lui sacrifioient la centième partie des Prisonniers qu’ils faisoienten guerre. Voici comment ils pratiquoìent cette horrible cérémonie. Ilsfaisoient une libation de vin sur la tête du Captif, après quoi ils lui cou-poient la gorge, & recevoient dans un vase son sang, dont ils alíoient la-ver l’Epée symbolique placée au haut de l’Autel. Par rapport à la Victime,on lui coupoit le bras droit tout joignant l’épaule,& après savoir jetté enl’air, on le laissoit où il venoit à tomber, le reste du corps demeurant dansl’endroit où la Victime avoit été immolée.
Pour ce qui est de leurs autres Sacrifices, offerts à Mars,où à quelqueautre Dieu,, ils observoient à l’égard de tous les mêmes cérémonies. lisamenoient l’Animal,& lui lioient les quatre jambes avec un nœud coulant:après quoi celui qui faifoit l’office de Prêtre, défaisoit le nœud par derriè-re, & terraffoit la Victime. Pendant qu’elle tomboit, il invoquoit le Dieuà qui elle étoit offerte, & l’étrangloit avec une corde entortillée autourd’un bâton. Sans libation, ni aucune autre cérémonie, l’Animal étoit écor-ché & découpé: le Prêtre en mettoit la chair dans des pots,ou, faute devaisseaux, dans la peau même de la Victime, en y mêlant une certainequantité d’eau. Au défaut de bois on bruloit les os de l'Animal; & quandla chair étoit suffisamment bouillie, les Prêtres en offroient une partie &les intestins à la Divinité, en jettant le tout devant son Autel. Les Minis-tres du Dieu sc régaloient du reste, suivant toutes les apparences.
Les Chevaux étoient regardés comme les plus nobles de tous les Ani-maux , & par cela même comme les Victimes les plus agréables auxDieux. Pour ce qui est des Pourceaux, les Scythes s’abstenoient non-seule-ment d’en manger, ils ne vouloient pas même en souffrir dans leur Pays.11s offroient auffi à leurs Dieux les prémices de leur Détail, de leurs Fruits,& du Butin qu ils remportoient sor leurs Ennemis. Ils envoyoient une par-tie considérable de ces dernières Offrandes à f Apollon de Delphes. Ce pré-sent étoit ordinairement apporté au Temple de ce Dieu par quelques Vier-ges d’une naissance distinguée, & sous une bonne escorte. Mais la lon-gueur & la difficulté du cnemin, auffi bien que les dangers d’un pareil vo-yage , furent cause, suivant notre Auteur (a ), qu’on vint à le discontinuer.C’est tout ce que nous trouvons de remarquable concernant la Religion desScythes.
(«) Herodot. Lib. IV. c. Co. &c.