HISTOIRE DES ATHENIENS. Liv. I. Cn. XVIII. 491
Pé.idès conserva au milieu de tan; de maux une fermeté d’ame sans e'gale, Sectios& tâcha d’inspirer à ses compatriotes les mêmes scntimens, quoiqu’il con- L
Histoire
” une respiration difficile, suivie d’e'ternuemens & d’une voix enrouée. De-là descendant à Aihé-,, sur la poitrine avec une toux violente, elle faisoir soulever le cœur, & causoic des vo- mens.
" missemens de toute forte de bile, avec beaucoup de douleur & d’effort. 11 prenoir fou- - -
„ vent un hoquetsuivi d’une grande convulsion, qui s’appaisoit aux uus plutôt, aux autres pi us" tard. Le corps devenoit rougeâtre & livide avec des pustules, & ne paroissejt pas fort,, chaud au toucher, mais brûloir tellement au dedans, qu’on ne pouvoit souffrir la cou-’• verture, pas même le drap, si bien qu’il falloit demeurer nud. On eût pris grand plaisir„ à se jetter dans seau froide, & plusieurs, qui étoieut mal gardés, se précipitèrent dans des»» puits, pressés d’une soif que l’on ne pouvoit éteindre, quoiqu’on bût peu ou beaucoup.
’» Ces symptômes étoieut suivis de veilles & d’inquiétudes continuelles, fans que le corps», pourtant s’affoibiît, jusqu’à ce que le mal fût arrivé à son période, car on résistoit au-», delà de tome apparence; déserté que la plupart meuroient au septième jour, ou au neu-’» viême, de l’ardeur qui les brûloir, (kus que leurs forces fussent beaucoup diminuées. Que,, si l’on passoit ce teins - là, il defeendoit dans le ventre, & ulcérant les intestins, eau foi t>, une dilï'enterie, qui faisoit mourir après de foiblesse; car il passoit par toutes les parties du», corps, après avoir commencé par la tête; & si l’on échappoit, il gagnoit les extrémités &
», se jettoit en dehors, ce qui êtoit une marque assurée de guérison. II defeendoit tantôt>, dans les bourses, tantôt aux doigts des pies & des mains, dont plusieurs perdirent l’usa-», ge, & quelques-uns même celui de la vue. Quelquefois revenant en santé on perdoit’, le sentiment, jusqu’à s’oublier foi-même d'abord, & û méconnoître ses domestiques. Car», comme cette maladie étoit au dessus de toute raison, les accidens en étoieut de-même;
»> & pour montrer qu’il y avoir quelque chose d’extraordinaire , plusieurs corps étant'» abandonnés, les Oiseaux de proie ni les Bêtes sauvages n’en mangeoient pas ; & s’ils en», mangeoient, ils en meuroient, tellement qu’on n’en voyoit plus paroître ni là ni ail-», leurs; mais les Chiens, qui vivent parmi les Hommes, donnoient des preuves plus évi-», denies de l’un & de sature. Voilà quel étoit le mal, pour ne rien dire des symptômesqui arrivoient hors de la règle ordinaire, Du reste on meuroit avec Médecin & fans Mé-decin, & il n’y avoir point de remède spécifique, parce que ce qui servoit aux uns nui-», soit aux autres. Nul corps n’avoit la force d’y résister, non pas même les plus vigoureux,ni ceux qui étoieut traités le plus méthodiquement. Mais ce qu’il y avoir de plus fà.
», cheux, c’étoit d’uu côté le désespoir qui s’emparoit quelquefois d’abord des malades, &faisoit qu’ils s’abandonnoient eux-mêmes, & qu’ils ne vouloient rien faire pour leur», guérison; & de l’autre,!a contagion qui gagnoit ceux qui s’en approchoient; désertéqu’on>, meuroit fans secours comme des Bêtes, & c’est ce qui fit le plus grand dégât jusqu’à em-», porter des familles entières. Beaucoup de geus d’honneur y périrent, qui avoient honte», d’abandonnc-r leurs amis, si bien qu’on perdit à la fin l’u sage de pleurer les morts. Mais», ceux qui avoient le plus de pitié des autres, étoieut ceux qui avoient passé par - là, Le qu!
»> se trou voient hors de danger; car on n’y retomboit pas deux sois, ou pour le moins on», n’en mourait pas. On estimoit donc ceux-là très heureux, & ils le ílattoíent de quelque», espérance de ne point succomber sous d’autres maux, après s’être sauvés de celui-ci. Avec», la contagion, on étoit incommodé de la quantité de bagage qu’on avoir transporté des»> champs dans la Ville; outre que la plupart, faute de logis, demeuraient fous de petites', cabanes, ou l’on ne pouvoit respirer pendant l’ardeur de l’été; déserté qu’ou les voyoit», entassés confusément les uns sur les autres, tant les morts que les mourans, ou fe traî-nant dans les rues, ou couchés autour des fontaines, dont ils s’étoient approchés à demi»> morts de soif. Les Temples mêmes où l'on s’étoit retiré, étoieut pleins de morts; car»> le mal fe renforçant, on ne savoir plus que faire; & l’on étoit tombé dans une espè-»> ce de létargie, & dans une négligence de toutes choses, tant sacrées que profanes. Les», droits des sépulcres étoient confondus, & fou enterrait les corps comme l’on pouvoir.
’’ Plusieurs, faute de lieux propres, les bruloiect sor des bûchers destinés pour leurscompa-», gnons ; d’aurres les jettoient dans les prémíers feux qn’ils trouvoient allumés, finis pren-»> dre la peine de les porter plus loin : & cette contagion causa un grand désordre dans les'' mœurs; car chacun étoit plus promt à faire le mal, qu’il diíììmuloit auparavant, parce»» ssi’ii voyoit ies honnêtes-gens mourir pêle-mêle avec les autres, & les pauvres prendre
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