HISTOIRE DES LACEDEMONIENS. Liv. I. Ch. XIX. 573
Lycurgue , après la mort de son frère, fut Roi de Sparte pendant quel-ques jours: mais dès-que la grossesse de fa belle-fœur fut connue,il décla-ra que ia Couronne appartenoit à l’enfantquien naîtrait, f] c’étoit un fils,& dès ce moment il administra le Royaume comme son Tuteur. La Reine,qui étoit une femme ambitieuse & fans vertu, lui envoya dire sous main,que s’il vouloir promettre de l’épouscr, elle ferait périr son fruit. Lycurguetémoigna être fort sensible à l’honneur qu’eile lui faifoit, mais la supplia dene point hazarder fa santé en ayant recours à quelques moyens violens, I as-surant que pour f amour d’elle il fe chargeoit de la commission de fe défai-re de l’enfant qu’elle mettrait au monde. La Reine, trompée par ces dis-cours, regardoit son projet comme déjà exécuté, quand elle fe trouva àson terme. Lycurgue en ayant été averti, envoya quelques amis, fur qui ilpouvoit compter, dans l’appartement de la Reine, avec ordre que si elleaccouchoit d’un fils, de le lui apporter en quelque endroit qu’il fût; maissi c’étoit une fille,de la remettre aux Femmes de la Reine. Cette Princessemit au monde un fils, que les émissaires de Lycurgue lui apportèrent dansune maison où il foupoit avec quelques-uns des principaux de la Ville. Ly-curgue , ayant pris l’enfant entre ses bras, le fit voir à tous les convives, enleur adressant ces mots, Seigneurs, voici un Roi qui nous cfl né. Tout 1emonde fut charmé d’un si beau trait de désintéressement; & ce fut en con-sidération de cette allégresse générale, que Lycurgue appella le jeune PrinceCharllaïis , c’est-à-dire, la joie du Peuple.
.Mais si la conduite qu’il venoit de tenir le rendit l’objet de l’amour Ade l’admiration du Peuple, elle irrita cruellement contre lui la Reine &tous fes partisans. Ces derniers commencèrent par calomnier Lycurgue , &par répandre que toutes ces belles apparences cachoienc quelque noir des-sein, & qu’il n’avoit nullement intention de résigner la Couronneà son ne-veu. Léonidas, frère de la Reine, eut même l’impudence de dire à Lycur-gue , dans une dispute qu’il eut avec lui, qu'U comptait de le voir bientôt Roi.La Reine affectoit d'être fort inquiète fur ce sujet, & déplorait en plus d’u-ne occasion le fort de son malheureux enfant. Lycurgue, allarmé par de siartificieuses pratiques, & voulant même ne pas donner lieu au moindre soup-çon, résolut d’impofer silence à la calomnie en s’exilant lui-même; dessein,qu’il exécuta peu de tems après, fans que les instances que le Peuple lui fitpour rester, fussent capables de l’arrêter.
Les interprétations odieuses qu’on avoit données à ses meilleures actions ,«'empêchèrent pas Lycurgue de consulter les personnes les plus habiles &les plus expérimentées dans l’Art de gouverner, afin de pouvoir à son re-tour être utile à fa Patrie. Dans cette vue il entreprit divers voyages,comme un véritable Patriote, il ne permit point que le tems ou f éloigne-ment des lieux altérassent en aucune manière son affection pour fes com-patriotes. II commença par Crète , Ile fameuse de tout tems par fes Loix*& par l’admirable politique qui y étoit en usage depuis plusieurs siècles. Ace qui'parait par ce qu’en dit P lut ar que , Crète étoit gouvernée alors par dif-férens Princes , ou du moins étoit partagée en plusieurs Etats indépendantles uns des autres , que Lycurgue parcourue tous , consultant soigneusement,ceux qui étoìent éle\és au dessus des autres en dignité,afin d'acquérir par
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Histoiredes Lacé -démordent,
Sage con-duite deLycurgueProtecteurde Spartes