HISTOIRE DES LACEDEMONIENS. Liv. I. Çh. XIX. 575en cett.e occasion comme un habile Médecin ; car sachant que des palliatifs Histoirene ígroient rien ou peu de chose, il résolut de changer toute la constitu- dcs Lnci 'lion Politique; entreprise glorieuse, mais accompagnée de grandes difficul- dimmem 'tés, & de terribles dangers. Pour éviter ces derniers & surmonter les au-tres, il s’essorça d’abord de gagner 4 confiance des principaux de Sparte,en leur communiquant son plan, & l,es raisons qui l’avoi.ent déterminé à lefaire tel. Ensuite il tâcha dp s’assurcr de l'qbéiíîapce du Peuple, en obte-nant le suffrage à'Apollon. Pour .cet effet il fit un voyage à Delphes , yoffrit un sacrifice, & revint avec un Oracle, dans lequel ía Prêtresse luidisoit : Qu il étuit l'Ami dçs Dieux , b Dieu plutôt qu Homme : Que les Loixq.u’il avoit faites, étoient parfaitement bonnes ; 0 que la République, dans la-quelle ces Loix /croient observées , deviendr-pit la plus fameuse de la Terre■ CetOracle ayant frappé le P,éuplçd’un,profond-respect, ij songea à publier sesLoix, & pour les faire recevoir sons opposition, iì donna commission à30 de ses amis de venir de grand matin armés dans la Place publique,mais de ces 30 il n’en comparut que 28. .Charilaûs , qui étoit d’un boncaractère, mais timide, ayant été averti de ces préparatifs, se retira dansle Temple de Minerve, pour y mettre fa vie en fureté; mais dès-queí.y*curgue l’eut fait avertir de son dessein , le Roi quita non seulement son azi-lg, mais se rendit dans la Place, & se joignit à la Confédération.
La première démarche consista à établir un Sénat composé de 28 per-sonnes, ou de 30, en y comprenant les deux Rois. C’était-ià un grandpas. Par ce moyen on fixoit la forme du Gouvernement, qui avoit tan*tôt panché vers la Tyrannie, & tantôt vers la Démocratie. Ce Sénatlui servit de contrepoids, se rangeant du.côté des Rois quand lePeuple voû-tait se rendre trop puissant, & fortifiant au contraire le parti du Peuplequand les Rois vouîoient porter trop loin leur autorité. Pour que le Peu-ple ne -s’imaginât pas que fa condition fut devenue plus mainmise qu’aupa-ravant, Lycurgue lui permit de former une Assemblée générale, dans la-quelle il n'avoit pas le droit de délibérer, mais seulement à'approuver ou delejetter ce que les Rois & le Sénat proposoient.
Quand par rétablissement d’un Sénat Lycurgue eut augmenté son proprePouvoir, il commença à donner une nouvelle forme à la République, & àrégler tout suivant le plan qu’ii étoit formé, sans se mettre en peine desísoglemens antérieurs: vaste & magnifique projet,qui ne pouvoit guéresìtre conçu que par un aussi puissant génie que Lycurgue, & dont inexécu-tion conserva songtems la Souveraineté de la Grèce àun Peuple, qui n’étoicConsidérable ni par son nombre ni par ses richesses.
Nous avons entrepris d'autant plus volontiers de rapporter en détailtas Loix Aï Lycurgue, que jusqu’ici aucune de nos Histoires de la Grèce ,hì même de nos Livres de Politique , ne contient quelque chose de pa-soil. .Les Loix en question peuvent être partagées en douze Tables,ilsi.v snt les sujets dont elles traitent. En réunissant fous p n seul point dev ue le contenu de toutes ces Tables, nous pourrons nous former uneidée du plan.de Lycurgue, ce qui est absolument nécessaire pourbien entendre l’Histoire Lacédémonlenne. .
Nous rangerons dans la première Table, les Loix de Sparte relatives à la