Histoiredes Lacé-démniem.
582 HISTOIRE DES LACEDEMONIENS.étoient admirées; ce qui, joint à leur brièveté sentencieuse, a produitune infinité de Bons-mots Lacèdèmoniens. 11s aimoient fort la Musique, maisen ceci, comme en d’autres choses, ils ne s’attachoient qu’à cette forte deMusique qui avoit été du goût de leurs Ancêtres: ils portoient même lafé-vérité à cet égard, au point de ne pas permettre à leurs Esclaves d’apprendrel’air ou les paroles de leurs plus fameuses Odes, ou, ce qui revient au mê-me, ils leur défendoíent de les chanter, en cas qu’ils les fussent. L’Amourdes Garçons étoit honnête & vertueux à Sparte , & n’avoit rien de cettehonteuse sensualité dont il étoit accompagné à Athènes . Pour ce qui estde1’attachement au Beau-Sexe, il y étoit commun & violent. Ce qu’iiyadesingulier, c’est que Lycurgue semble avoir voulu employer le Sexe (sourceordinaire de querelles) à unir plus étroitement ensemble les Citoyens : aussiles Rivaux Lacédémoniens , bien loin d’être jaloux, contractoient au contraireune amitié plus étroite, & s’unissoient intimement en faveur delapersonn eaimée. 11 nous reste encore un article à rapporter concernant leur Educa-tion,que voici. Le Vol, pourvu qu’il fût fait adroitement, n’avoit rien dehonteux: institution absurde, dont on a composé différentes apologies, quine font pas plus d’honneur à leurs Auteurs, que la Loi dont il s’agit n'ena fait à Lycurgue. Ceux qui étoient découverts en entreprenant de vo-ler, étoient punis sévèrement ; ce qui faisoit que les jeunes Spartiates, quandils avoient commis quelque vol, souffroient tout avec un courage admira-ble, pourvu que la chose restât cachée. C’est de quoi nous pourrions rap-porter plusieurs exemples. Mais à quoi bon prouver que le Vice inspire auXhommes une fermeté héroïque? C’est une choie que nous voyons tous les jours*
La neuvième 'fable contient les Exercices ordonnés par la Loi. TouSles Peuples de la Grèce étoient fort soigneux à cet égard, mais les Laccdè"moniens plus qu’aucun autre; car si par trop d’embonpoint, ou par quelqu?autre cause,un Jeune-hommene se trou voie pas propre à ces exercices,détoit regardé avec mépris, & quelquefois banni. La Chasse étoit un desdivertissemens ordinaires des Enfans, & formoit même une partie de seuséducation , parce qu’elle fortifie le corps, & le rend en même tems pl ussouple & plus agile. 11s avoient auffi des Chiens de chasse, qu’ils dressoientavec beaucoup de soin.
Leurs Danses publiques, qu’ils tenoient pour un de leurs grands plaisir»étoient formées par des personnes de l’un & de fausse sexe: mélangefi ulavoir lieu dans presque tous leurs divertissemens, jusques-là que les femmeségaloient les hommes en adresse & en force, à lancer la barre, & à telsautres exercices violons. Pour excuser des usages aussi étranges, Lycurè 11 ^n’allégua d’autre raison, sinon qu’ij vouloit rendre les femmes auffi fo rCeS& aussi saines que les hommes, afin qu’eiles ne mfissent au monde que desenfans vigoureux: un genre de vie laborieuxn’étoitimposé qu’aux Jeunes*gens; car dès-qu’ils étoient devenus hommes, c’est-à-dire qu’ils avoientplus de trente ans, ils étoient exemts de tout travail,& ne s’app!iquoi eI ? cqu’aux Affaires d’Etat, ou au Métier de la Guerre. Ils faisoient quelquefoisbattre de verges de jeunes garçons dans le Temple de Diane, & devantl’Autel de cette Déesse : traitement inhumain, & qu’on entreprendrait en-vahi de vouloir justifier. C’étoit un grand honneur pour ces enfans, que de