Jìifloiredes Lacé-dèmoniens.
583 HISTOIRE DES L A CEDE MONIENS.
afin qu’elles ne pussent point êcre transportées à Lacédémone, & fournir ainslun prétexte aux habitans de cette Ville de se croire dégagés de leur fer-ment. 11 ne laissa qu’un fils, nommé Antiore , qui mourut fans laisser d’en*fans. Ses parens & fes amis instituèrent une Assemblée annuelle pour s’en-tretenir des vertus de ce Grand-Homme,& s’exhorter les uns les autres àì’imiter. Les jours pendant lesquels cette Assemblée fe tenoit, s’appel-loient Lycurgides , par allusion au nom du Législateur (a) *.
»
(a) Plutarch. in vit. Lycurg.
* La vie de Lycurgue fut la première que Plutarque publia, L ce qu’il rapporte Iui-mém*(i). Cet Auteur paroit avoir été fort prévenu en faveur des Spartiates & de leurs coutumes,car outre cette vie,& celles de plusieurs autres Lacédêmoniens , nous avons de lui un Traitédes Loix & des Coutumes des Lacédêmoniens , & un autre de leurs Bons-mots. 11 avouéqu’on ne peut rien dire de fort certain, tant au sujet de la famille, que du tems de la nais-sance de ce Législateur, dont il fait un Héros accompli, & propre à démontrer que le Sagetant vanté par les Philosophes, pouvoit fe trouver parmi les hommes. 11 insiste beaucoup futJe compliment que la Pythie lui fit à Delphes ; en ces mots: Soyez le bien venu , Ami detDieux , & plutôt Dieu qu'Homme (d). L’Qracle de Delphes étoit généralement reconnu poufdivin dans toute la Grèce; car fans cela Sacrale ne l’auroit pas cité dans son apologie (z), tttP lut arque ne l’auroit pas fait valoir comme propre à réfuter toutes tes calomnies répanduescontre son Héros. Cependant on pourroit dire une chose qui ne feroit pas grand honneur àl’Oracle ni à Lycurgue , savoir que toute cette salutation n’étoit qu’un jeu joué pour venir àbout d’im dessein très difficile, qui étoit de faire adopter aux Lacédémottiens des Loix très-gênantes. 11 imita probablement en cette occasion la conduite de Minos , Législateur de Crète,qni fit honneur de toutes fes Loix à Jupiter. Mais qui que ce puisse être à qui Lycurgueait eu obligation des siennes, un fameux Ecrivain de l’Antiquité affirme, que les réponses dsl’Oracle étoient de fa façon » & qu’il les obteuoit à force d’argent ( 4 ). Nos Lecteurs ont vudans ['Histoire Athénienne plusieurs exemples pareils, & nous verrons dans la fuite que Lfsandre entendoit auslì-bien que Lycurgue fart de faire parler Apollon à son gré. 11 est certainque notre Législateur fondoit fes plus grandes espérances fur la persuasion du Peuple que lèsLoix étoient destitution Divine; voilà pourquoi il ne voulut jamais permettre qu’elles fussesmises par écrit, afin qu’elles fissent plus d’impreffion, n’étant gravées que dans la mémoire,& qu’en même tems elles donnassent plus d’autorité au Gouvernement. Plutarque rapportsun exemple à ce dernier égard. 11 dit que par une Loi de Lycurgue , le Peuple avoir le pou-voir d’admettre ou de rejetter tout ce qui étoit proposé par les Rois & par le Sénat; sa> aquand peu à peu il voulut étendre ce pouvoir, & consentir à une partie des choses propo -fées, en rejettant les autres, les Rois & le Sénat, pour maintenir leur pouvoir, ajoutèrent *la Loi une nouvelle clause, qui portoic que le Peuple dévoie admettre ou rejetter en l'on en-tier toute proposition qui lui étoit faite. Par le moyen de cette clause, le Sénat & les R® 1 ?augmentèrent leur puissance aux dépens de celle du Peuple ( 5 ). La plupart des Auteurs q u ‘ont écrit fur la Politique, ont regardé flnstitution d’un Sénat par Lycurgue , comme une >>Pvention admirable. Platon en étoit si charmé, qu’il donna, à cause de cela même, à f° aAuteur le nom d’Efprit Divin uni à un Corps Humain (6) : cependant Aristote , qui étoit j 19profond Politique, n’approuve nullement cette Institution ; il trouve que c’est une chose contr 3 j reà la Raison, que la Charge de Sénateur soit à vie, parce qu’il arrive souvent qu’avec l’ 3 ® eon ne fe trouve plus capable d’avoir soin de fes propres affaires, bien loin de pouvoir gouver-ner celles de l’Etat. II désapprouvé ausii que les Rois & le Sénat ne fussent pas tenus de rel Vdre compte de leur conduite, étant sujets, puifqu’íls étoient hommes, à faire des fautesqMtiroieut d’autant plus à conséquence, qu’elles concernoient l’Etat ( 7 ) La dernière act ' 011de Lycurgue dont nous puiíïïous parler avec quelque certitude, estl’envoi qu’il fit àde l’approbation donnée par Apollon à toutes fes Loix. !1 n’est pas apparent qu’il le l 31 .^mourir de faim à Delphes j mais qu’il kie soit jamais revenu dans son Pays, est uns P aitî *
fi) Plntarch. in vit. Tfaesci. (s) Plutarch. in vit. I.ycurg.
(z) Idem in vit. Lycurg. ( «) Ibaro d- Legib. L. 111.
( 3 } Xenopli de B.eb. Memor. ( 7) Alist, Lib. 11, & Li VI,
( 4 J Folyacn. Stiatag. Lib. I. c.