Histoiredei Lacé-démoniem.
652 HISTOIRE DES LACEDEMONIENS.apportée à Agèsilas, ce Prince, bien loin de témoigner de la joie, s’écria:O Grèce, que de vaillans hommes tués pour tes querelles particulières , dans letems qu'en répandant bien moins de jang , tu pourrais avoir conquis toute la Per-se («)! Quoique ce fussent-là ses íentimens, il ne laissa pas, à son retour,d’obéir aux ordres que les Ephores lui avoìenc envoyés, & d’entrer à mainarmée en Béotie . Le jour même qu’il exécuta cet ordre, le Soleil fut é*clipfé, & il reçut en même tems la nouvelle de la défaite de la Flotte Per-sane , & celle de la mort de Pìsandre son beaufrère. Dans la crainte quecette dernière nouvelle ne décourageât ses Soldats, il fit publier que le Cou-rier lui avoit porté avis d’une victoire remportée par Pìsandre , & à cetteoccasion il offrit un sacrifice aux Dieux, & en envoya quelques portionsà ses apis, se parant la tête d’une guirlande, & donnant encore d'atitresdémonstrations de joie, quoiqu’il fût que son beaufrère avoit perdu la viedans le combat (L). Peu de tems après, il y eut une autre action dans levoisinage de Chéronée , la plus chaude où Agèsilas se fût trouvé, à cequ’as*sure Xénophon , qui pouvoic en juger, puisqu’il étoit présent. Dans cet en-gagement, Agèsilas fut victorieux où il combattit, & les Thébains eurentà leur tour l’avantage fur l’aile qu’ils attaquèrent; Agèsilas fut obligé dese replier sur eux. Tous les Historiens font généralement d’accord, qu’ilfit une grande faute en cette occasion, d’attaquer les Thébains de front, paf-ce qu’en attendant un peu il auroit pu les prendre en flanc & en queue.Xénophon donne,à-la-vérité, un autre tour à cette affaire, Agèsilas n’ayantjamais tort chez lui. Cependant il est certain que cette faute auroit pu a-voir de fatales fuites. L es Thébains combattirent vaillamment, tuèrent plu-sieurs Ennemis, & en blessèrent un plus grand nombre encore , entre au-tres Agèsilas lui-même. A la fin ils quitérent à pas lents le champ de ba-taille, laissant aux Lacèâêmoniens i’honneur d’une victoire dont ils ne pou-voient recueillir aucun fruit (c). Agèsilas se rendit à Delphes, où il consacrala dixième partie des dépouilles, pendant que Gylus, son Lieutenant, me-noit ses Troupes en Locride, où elles se dispersèrent pour piller; ce qui ir-rita tellement les habitans, que profitant du désordre des Lacádémoniens , ilstuèrent Gylus & un grand nombre des siens.
Les Corinthiens s’étoient joints aux autres Ennemis des Spartiates. Cepen-.dant il y avoit dans Corinthe deux Partis, dont i’un trouvoit à redire qu’onse fût engagé dans une guerre quinepouvoit aboutir qu’à les assujettir auxArgiens. Pour prévenir ce malheur, ils résolurent d’introduire dans leurVille une Garnison Lacèdèmonienne , ce qu’ils firent au moins en quelqueforte. L’autre Parti fit demander du secours aux Athéniens , qui en accor-dèrent volontiers, ce qui exposa Corinthe au danger d’êcre totalement rui-née (d). Les Spartiates ne possédaient qu’un Fort, au-lieu que leurs Enne-mis avoient la Ville. Agèsilas , pour mettre fin à la dispute, après avoirtraversé le Territoire à'Argos avec une grande Armée, assiégea Corinthe par
0») Plat. in vit. Agáfìl. Com. Nep. iuvit. ejusd.
(/;) Xenoph. Ilellen. Lib. IV.
Çc) Xe;K>ph. & Diodor. Sicul. Lib. XIV.
Plut. fn vit. Agesil. Coru. Nep. in vit. ejusd*(d) Xenoph. ubi supr. Diodor. Sicul. ubiíupr. Corn. Nep, in vit. Iphicrat. Poiy*a-Lib. III. c. Z.
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