678 HISTOIRE DES LACEDEMONIENS.
Histoire il adressa au Peuple un discours très finement tourné, pour lui servir d’apolo-«Lr Lacé- gie *. II démontrala nécessité de rétablir les Institutions de Lycurgue , & pro-dimoniem. [esta que quoiqiïe la conjon&ure l’eût obligé à employer des moyens violens,—“ j] auroità l'avenir les égards les plus scrupuleux pour l’observatíon des Loix;& que le dernier acte d’autorité absolue de sa part, consisterait à bannir 80Citoyens, dont il feroit afficher les noms. II fut le prémier qui mit tout sonbien en commun, son Beau-Père & ses Amis en firent de-même. Dans lePartage des Terres, il affigna une portion à chacun de ceux qu’il avoit ban-nis, & promit de les rappellerdès-queles affaires seroient tranquilles. 11 tra-vailla ensuite à rétablir, par rapport à l’Education des Enfans, l’ancienneDiscipline appeììéeLaconique, les Repas publics, & l’usage de faire les Exer-cices en commun. 11 leva aussi un Corps considérable de troupes, qu’il dis-ciplina & arma d’une manière nouvelle. Pour faire voir qu’il n’afpiroit pointà la Tyrannie, & pour ne donner aucun ombrage à ses Citoyens, comme s’ileût voulu'àvoir seul toute l'Autorité, il nomma son frère Euclidas Roi aveclui, déclarant qu’à l’avenir il y auroit toujours deux Rois à Sparte commedu tems passé, & que son dessein n’étoit nullement d’ériger une Monarchie
* Plutarque nous a conservé le discours que le Roi tint à cette occasion, & que nous cro-yons devoir insérer ici, non seulement à caulè de la relation qu’il a avec l’Histoire de Spam,mais auffi parce qu’il contient diverses particularités concernant la Police des Lacèdémoniens.„ Le Gouvernement de Sparte, tel que Lycurgue l’a institué, étoit composé des Rois & du„ Sénat. Ce Gouvernement a continué longtems fous cette forme, fans avoir besoin d’aucuu„ autre Magistrat; mais dans la fuite, durant la longue guerre contre les Mcjséniens, les Rois„ ne pouvant pas vaquer aux Affaires Civiles, choisirent quelques-uns de leurs amis pour rem-„ plir leur place à cet égard. On les appella Ephores,Si ils se conduisirent au commencement„ comme Serviteurs des Rois ; mais dans la fuite ils se rendirent indépendans, & érigèrent une„ nouvelle forte de Magistrature. Une preuve de cette vérité peut se tirer d’uu usage des„ Rois, qui, au prémier & au second message des Ephor-es , refusent de venir, & ne screu-„ dent auprès d’eux qu’au troisième. /Ijlérope , le prémier de ceux qui étendirent si fort I»„ puissance des Ephores , ne parvint à cette Charge que plusieurs années après qu’elleeutété„ instituée. Auffi longtems qu’ils se tinrent dans de certaines bornes, il valoit mieux les ffip-„ porter, que les écarter en causant des troubles. Mais dès-que des hommes, revêtus d’une„ puissance usurpée, voulurent détruire l’ancien Gouvernement au point de bannir quelques„ Rois,d’eu tuer d’autres lans aucune forme de procès, & d’intimider par des menaces ceux„ qui voudroient rétablir l’ancien Gouvernement de Sparte , il n’y eut plus moyen de souffris„ des choses si criantes. C’est pourquoi, s’il avoit été possible, fans effusion de sang, de dé-„ livrer Lacédémone de ces pestes étrangères, le luxe, la vanité, les dettes & suffire, comme„ auffi de ces autres maux, la pauvreté & les richesses, je me serois estimé le Roi du monde„ le plus heureux, d’avoir, comme un habile Médecin, guéri de cruelles maladies fans cau-„ fer de douleur. Mais à présent j’ai cru devoir imiter Pexemple de Lycurgue, qui n'étant ni„ Roi, ni Magistrat, mais un simple Particulier, vint armé dans la Place publique, ce qui,, obligea le Roi Charilaûs à chercher uu azile aux piés des Autels. Cependant, comme ce„ Prince étoit d’un bon caractère, & qu’il aimoit Ion Pays, il entra dans les vues de Lycur -„ gue , & consentit au changement proposé. C’est ainsi que Lycurgue lit voir par ses actions,,, qu’il n’est guères possible de corriger un Gouvernement fans y employer la frayeur & 13,, force: moyens qu’il déclara ne vouloir jamais mettre en œuvre,que contre les Ennemis de,, la fureté & du bonheur de Sparte. 11 ordonna que tous les Terres fussent en commun,&» toutes les Dettes abolies; & q u'on distinguât soigneusement les Etrangers d’avec les Spar-„ tiates, asm que ces derniers, animés d’un véritable amour pour leur Patrie, ne souffris-« sent plus qu’elie fût ravagée par les Etoliem (i).
(O Plutaich, ia vit. Cleomcn.