638 HISTOIRE DES LACEDEMONIENS.
Histoire danger où ils se trouvoient ; car c’est la coutume de tous les Tyrans de con*dtt Lacé • f on dre leurs intérêts particuliers avec ceux de leur Pays : il fit valoir toutesdémentent. j £g p e j nes q U ’ij avo ic prises pour fortifier les avenues de Sparte : & finit endisant, que puisqu’il s’étoit donné tant de peines pour leur service,ilétoitjuste qu’ils fissent quelque chose pour le sien ; d’autant plus que ce qu’ilalloit exiger, devoit autant contribuer à leur fureté qu'à la sienne propre. 11y en a, ajouta-t-il, parmi vous, dont la conduite m’est suspecte, & quej’ai dessein de faire mettre en prison, jusqu’à ce que le danger étant passé,je puisse avoir le plaisir de leur rendre la liberté. Immédiatement après cet-te harangue,à la vue de la multitude étonnée decequ’ellevenoitd’enten*dre & de ce qu’elle voyoit, il fit arrêter 80 Citoyens de probité &d’hon-neur, & les fit tous massacrer en prison la nuit suivante. Peu de tems a-près, ayant pris quelque ombrage des Ilotes, plusieurs d’entreeux furent ap-préhendés pàr son ordre, fouettés jusqu’au sang, & ensuite inhumainementmis à mort. Pour conjurer l’orage qui le menaçoit de la part des Romains ,il songea à traiter avec eux , sachant qu’ Antiochus se préparoit à exciter denouveaux troubles ;d’où il inférait que Aàà ne ferait pas fâché d’en ve-nir à un accord avec lui. Ses espérances se trouvèrent bien fondées. Le Gé-néral Romain, qui n’avoitd’autre but que l’intérêt de fa Patrie, consentit vo-lontiers à avoir une entrevue avec lui. Dans cette entrevue, Nabis fit undiscours long & bien travaillé, auquel Quintius répondit assez froidement;cependant il s’engagea à lui envoyer quelques Articles par écrit; ainsi fi-nit la Conférence.
Les Alliés travaillèrent à détourner Quintius de traiter avec ce Monstre.Le Roi Aumà, qui étoit dans leCamp des Romains, assurait qu’il étoit fortinutile d’entrer en Négociation avec un Tyran, qui ne vouloir la Paix quequand il craignoit la Guerre, Agésipoìis, Roi de Sparte, qui s’étoit réfugiéauprès de Quintius avec quelques autres illustres Bannis, disoit que ce seraitune chose indigne du Nom Romain, que de traiter avec un homme aussiexécrable. Les Achéens furent du même sentiment. Cependant Quintiuspersista dans son avis, parce qu’il voyoit clairement que c’étoit leur intérêtqui les faisoit parler: esoù il concluoit, qu’à leur exemple il devoit se pro-poser l’intérêt de Rome: ainsi, bâtissant sur ce principe, il envoya à Nabis,comme il s’y étoit engagé, les conditions auxquelles il pouvoit obtenir laPaix. Ces conditions étoient : Qu’il retirât toutes ses Garnisons d 'Argos& de son Territoire : Qu’il livrât tous les Vaisseaux de guerre qu’il avoirpris, en ne conservant de toute sa Flotte que deux Galiottes : Qu’il rendîtles Transfuges qui s’étoient sauvés fur ses Terres, après avoir quité les Al-liés des Romains, & réparât le dommage qu’il avoit causé aux MeJJeniensen ravageant leurs Terres : Qu’il restituât aux Bannis Lacêdémoniens leursfemmes & leurs enfans: Qu’il ne bâtît à l’avenir ni Citadelle ni Ville sorses propres Terres, ni sor celles de ses Voisins: Qu’il donnât cinq Otagesau choix du Général, dont un ferait son propre fils: Qu’il payât centta-lens, & qu’il continuât à en payer annuellement cinquante,durant l’efpa-ce de huit années. Nabis ne goûta nullement ces conditions, & trouvamoyen de les faire rejetter par les Lacédémoniens, qui résolurent de se défen-dre jusqu’à la dernière extrémité.
Quintius