SlïCT. VI.fíist. deSuede.1632-1 -18.
La Suededijoiés.
I7M.
Charles en-voie me su-perbe Am-bassade à laPorte Upart de
Turquie,
H quitte sasuite, fuitfui le tourde l'Alle.magne (ss erend i
Stralfund,
46 HISTOIRE DU ROYAUME
près du fleuve Hebrus; on lui assigna un Thàïm de provisions considérablepour lui & pour fa fuite , avec feulement 25 écus par jour. Le Grand-Visiravoir été déposé: Ibrahim Mol!a lui avoir été substitué; Molla avoir enviede faire la guerre aux Moscovites. II fe sir dresièr une tente à Demotica &invita le Roi Charles à venir le voir, avec le nouveau Kanr des Tartares &FAmbaffàdeur de France. Charles fe trouva dans un grand embarras; il nevouloir pas fe rendre à l’invitation ou à Tordre d’un sujet, & cependant sonplus grand intérêt étoit d’entrer en éclaircissement. Pour trancher la difficultéil fe mit au lit & résolut de n’en pas sortir tant qu’il feroit à Demotica; ilengagea Mullern, son Chancelier, d’aller à íà place chez le Viiìr. II restadix mois couché. 11 étoit dans cet état, lorfqu’iì apprit la désolation de sonRoyaume ; mais le Visir Ibrahim Molla qui vouloir détrôner le Czar, fut é-tranglé entre deux portes, & le favori Ali Comourgi prit fa place. Dès cemoment Charles comprit qu’il n’y avoir plus rien à espérer de la Porte, carle nouveau Visir avoir d’autres vues que lui.
• lïnsin Charles fit signifier au Grand-Seigneur qu’il confentoit à partir & às’en retourner par F Allemagne; mais avant de quitter la Turquie, ii voulutmontrer la grandeur & la magnificence d’un grand Roi. II emprunta de Far*gent à gros'intérêts d’un côté & d’autre, nomma Grothuíen son AmbassadeurExtraordinaire, & Fenvoya folemnellement prendre congé de la sublime Por-te, accompagné de quatre-vingts personnes superbement vêtues. (1) L’Am-baíïïtdeur fut reçu avec tous les honneurs, mais 011 ne lui accorda point l’ai>gent qu’il demanda même à emprunter; la Porte fe chargea feulement detoute la dépense jusqu’aux frontières. On lui présenta de la part du GrandSeigneur, une tente d’écarlate brodée d’or, un sabre avec une poignée gar-nie de pierreries, huit chevaux Arabes avec des selles superbes & les étriersd’argent massif. Son cortège étoit d’un Capigi Pacha & de sixChiaoux, quiallerent le recevoir à Demirtafch, de soixante chariots & de 300 chevaux. Ar-rivé furies confins de FAllemagnc, il apprit que l’Empereur avoit donné desordres pour qu’on le reçût avec la plus grande magnificence. On faifoitpartout des préparatifs ; mais quand il fut à Targowitz fur les frontières dela Transilvanie, il renvoya son escorte Turque, assembla fa fuite, lui donnarendez-vous à Stralfund, à 300 lieues dc-là, leur dit de ne pas s’inquiéterde lui, prit deux officiers, fe déguisa fous une perruque noire, un chapeaubordé d’or, un habit gris, un manteau bleu, prit le nom d’un officier Alle-mand, courut la poste à cheval, prit son chemin par la Hongrie, la Mora-vie, F Autriche, la Bavière, le Wurtemberg, le Paìatinat, la Westphalie & leMecklenbourg, faisant ainsi le tour de F Allemagne, & arriva en seize jours& seize nuits aux portes de Stralfund, chez le Général Ducker, Gouverneurde la place: il fallut couper fes bottes fur fes jambes qui s’étoient enflées:on le mit au lit; il n’y resta que quelques heures, & fe leva pour aller fairela revue des troupes & examiner les fortifications. (2)
Le Roi trouva la Suede dans un état bien différent de celui où il l'avoitlaissée. La Régence avoit été obligée de donner une ordonnance pour en-joindre à tous les sujets de porter leur argenterie à la monnoie, pour y être
(i) Voltaire hisl. de Charles XII. L. 7. (2) Idem Ibidem.