DE S U E D E, Liv. XXXI. Sect. VIL 77
Le Roi ordonna ensuite au Secrétaire de la revision de faire la lecture de infl. a ela forme du Gouvernement qu’elie avoit rédigée, dans le véritable esprit & Suede. 'dans les principes de í’ancienne forme du Gouvernement de Suede. Elle se 1718 " àtrouva presque la même que celle qui avoit été observée depuis Gustave- nos i° ms »Adolphe, jusques au régné de Charles Xi, en 1680. (1) Cette lecture fai-te le Roi demanda s'ils approuvoient la nouvelle forme ? Tous leverent lamain, & répondirent Ouï. II fit signe au Maréchal de la Diette & auxOrateurs, qui s’avancerent & lignèrent cet écrit.. Le Roi dit alors aux Etats, Les Etats„ asin que les liens de cette union soient d’autant plus forts,. vous les con- prêtent,, firmerez par ferment.” Le Roi dicta la formule, & ils jurèrent; il finit J ermení -cette séance , en invitant l’asiemblée de se joindre à lui pour rendre grâces àDieu. Après le Te Deutn , le Roi admit tous les membres à lui baiser làmain. Les Sénateurs n’avoient .point assisté à cette asièmblée.
Ainsi finit en moins de trois jours, cette révolution étonnante, si l’on con-
„ avec les mêmes sentimens de joie, dont mou cœur étoit rempli, torique vous vous afi„ sembliez devant le trône. Je 11’ai pas à me reprocher de vous avoir jamais rien déguisé.
,, Deux fois je vous ai parlé avec la franchise qu’exigeoit ma dignité, avec la sincérité„ qu’inspire le véritable honneur. La même franchise, ia même sincérité vont me guider„ encore dans ce discours: il faut vous rappelles le passé, pour porter revaede au présent.
,, C’est une vérité bien triste, mais généralement reconnue , que la discorde & la haine onc„ déihiré le Royaume. Depuis longtems la Nation est en proie aux dissensions de deux„ partis qui en ont fait, pour ainsi dire, deux peuples conspirant'également, sun & l’au-,, tre, la ruine de la Patrie. La division a porté la haine dans les cœurs; la haine a inspiré la„ vengeance ; ia vengeance a excité la persécution. De-là ces nouvelles, ces fréquentes ré-;, voletions. Le mal s’est accru: il a infecté & dégradé toute la société. Ces secousses pro-„ duites par l’ambition d’un petit nombre de personnes, ont ébranlé le Royaume. L’im,, & sature parti ont fait cailler des ruisseaux de sang, & le peuple a été la victime d’une *
„ désunion qui ne sìntéressoït que par les malheurs qu’elle a entraînés après elle & dont il„ est accablé le premier. L’unique but de ceux qui dominent, étoit d’affermir leur pou-„ voir; touc devoit s’y rapporter, souvent aux dépens des Citoyens, toujours au détriment„ de l’Etat. La loi étoit - elle claire? ils en altéraient le texte. Etoit - elle évidemment,, contraire à leurs vues? ils ia détruiíbient entieremeut. Rien n’étoit sacré pour des hom»
,, mes guidés par la haine & par la vengeance ! La licence enfin a été portée si loin, que„ c’étoít une opinion presque généralement reçue, que la pluralité des suffrages étoit an„ dessus des loix, & qu’elle n-’avoit d’autres bornes que celles qu’on vouloir y meure,
„ O'est ainsi que la Liberté,le droit le plus noble de i’huinanité, a été changée en un de!»
„ potiíine aristocratique, dans ia main du parti dominant, qui étoit bientôt terrassé par ie„ parti opposé, lequel étoit subjugué lui-même par un petit nombre de particuliers. On,, trembloit aux approches d’une Diette. Au lieu de penser aux moyens les plus propres„ pour bien diriger les affaires du Royaume, toute-l’attencion .d’un parti se portoit ù s’affïi-„ rer tine pluralité de voix, pour se garantir de la supériorité & de Ia violence de sature.
3, Si ia situation intérieure du Royaume étoit périlleuse, combien ne devoit-elle pas être„ humiliante au dehors? Né Suédois & Roi de Suede,il devoit vn’ètre impossible de croire,, que des vues étrangères aient pu entrer dans le cœur d’un Suédois, encore moins que,, leur influence ait été préparée par les moyens les pins bas & les plus vils. Vous men-,, teudez; & ma rougeur suíSt pour vous faire sentir à quel dégré d’ignominie_ vos dissen-,, tions ont réduit le Royaume,” &c. &c. S. M. rappelloit ensuite tous'les soins qu’eiso-avoit pris, les efforts inutiles qu’elle avoit tentés pour rétablir ia concorde & la paix: elíêdéclara qu’elle ne vouloir régner que fur un peuple libre ; que sit volonté étoit ferme ctinébranlable; qu’elle avoit abjuré la souveraineté illimitée & qu’elle sabjuroic encore à laface de Dieu.
(.0 Charles XI, dit M. de "Voltaire, fut le premier Roi absolu, & son fils Charles Xílfut le dernier. Essai sur les mœurs &'l'esarit des Nuìous. Ch- CLXXXYílL
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