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DE DANNEMARCK, &c. Liv. XXXII. Sect. VII.
une paix profonde jusqu’en 1730, que la mort l’enlcva. Le Dannemarck mst. deperdoit en lui un Prince ami des hommes & des arts, ennemi de la flatterie, Danne-& dont le despotisme dirigé par la justice, ressembloit à l'autorité paternelle. marck .»
On ne peut lui reprocher qu’une confiance aveugle en des hommes avides, 'i^Vnojqui s’engraistbient de la substance de l’Etat, &qui, au milieu de leurs con- pjms.
cuííions, fçavoient imposer silence au peuple, & jouer à la cour le desinté--
ressentent avec assez d’art pour fasciner les yeux du Souverain. Frédéric n'ai- 1730.
moit point à punir: l’idée d’un supplice ordonné par lui le consternoit : enexaminant le procès d’un accusé, il craignoit de le trouver coupable; & cet-te clémence mal-entendue cauíà le désordre de lès finances.
Christiern VI, son successeur, sentit que la bonté est un défaut dans un FitmcúrtRoi, quand elle excede les bornes de la justice, quand, pour ne pas frap- P mis 'per quelques coupables, il laisse gémir toute une nation lotis la tyrannie dessang-sues d’Etat. II nomma une commission, pour examiner les comptes deceux à qui l’administration des finances avoit été confiée fous le dernierrégné: plusieurs furent condamnés à une prison perpétuelle; d’autres en fu-rent quittes pour la confiscation de leurs biens; espece de peine, dont l’essetest de restituer au Roi ce qui a été volé au peuple : aucun d’eux ne porta fatête sur Péchaffaud. II est rare que les sentences lancées contre des financierssoient mortelles: on se rappelle ce mot d’un entrepreneur des vivres à unGénéral françois qui le menaçoit de le faire pendre: ,, on ne fait pas pendre„ un homme, qui peut disposer de deux cens mille écus. ” Cette réponselaconique dévoile assez le principe de cette indulgence, que les tribunauxde toutes les nations ont montrée pour des conculsionnaires, qui méricoiencmille morts, fi le voleur domestique en mérite une, puisque celui-ci ne volequ’un homme, & que ceux-là pillent toute une nation.
Cet acte de justice, qu’on pourroit appeller aussi un acte de clémence,contint dans leur devoir les nouveaux Administrateurs des finances, &, deuxans après, Christiern fe vit en état de conclure un traité avantageux à fa cou- 1732.ronne, & qui ne pouvoit fe consommer, fans sacrifier des sommes considé-rables. Les Cours de Copenhague & de Pétersbourg étoient depuis long-temps ennemies: celle-ci favorifoit les Princes de Holstein, dont l’ambitionavoit été, dans tous les temps, si funeste au repos de la Monarchie Danoise.
Les Rois de Dannemarck s’en étoient vengés en refusant aux Souverains Rus-ses le titre d’Empereur. (1) L’impératrice Anne embraíîà un autre systèmede politique: elle considéra que le Roi de Dannemarck, maître du Détroitdu Sund, pouvoit mettre des entraves au commerce de ses Etats. Elle sacrifia Ri unî {usagement les intérêts d’un étranger à ceux de ses sujets; le Duc de Holsteinfut délaissé par les Ruíîes, & contraint de vendre au Roi le Duché de Sles- SUjwitrhwigh. La posièssion lui en fut garantie par la Russe; c a s deux Puiíïïinces à la Cou-conclurent une ligue défensive, & le Roi de Dannemarck ceíîà de refuser rome ‘le titre depuis si longtemps contesté.
Le Duc de Holstein mit alors tout son espoir dans la Cour de Suede, quefa situation, ses anciens restèntimens, & des intérêts assez mal entendus ani-moient toujours contre celle de Dannemarck: mais on commençoit à se lafíèr
(1) Mémoires de Ruine par le Général Manstein.
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