OU DES PROVINCES UNIES, Lîv. XXXIII. Sect. VI. 547
que personne paisse prouver le contraire, que, comme l’bonneur seul & l’a-mour de la gloire me faisoient agir, aussi n’en ai-je retiré d’autres fruits quei’honneur & la gloire. Qu’on consulte les livres de la chambre des comptes,& l’on verra que je n’ai reçu aucune récompense pécuniaire des services quej’ai rendus. Je fuis même en état de prouver que les dépenses indispensablesque j’ai faites, comme général, & dans mon ambassade d’Allemagne, joint hce que m’a coûté l’honneur que me fit le Roi,loríqu’à son avènement au trô-ne il me chargea de tenir une table ouverte pour îa Noblesse, ont monté àquinze cens mille florins. Pour me dédommager de cette dépense énorme,qu’a sait Philippe, qui m’accuse aujourd’hui d’ingratitude? J’avois, avec lapermission de l’Empeieur, porté devant la cour souveraine de Malines lesjustes prétentions que j’avois à la seigneurie du château de Bellin : les conseil-lers avoient donné leur avis, il m’étoit favorable, & le jour même qu’ilsaîloient prononcer l’arrêt en ma faveur, ce Roi, qui venoit de faire fermentde nous gouverner selon nos loix fondamentales, au mépris de ces mêmesloix, usa de son pouvoir arbitraire, défendit aux juges de passer outre; &depuis ce moment la liberté de me faire justice ne leur a point été rendue. ”„ Après ce que je viens de dire, pourra- 1 -on regarder les gouvernemensqui m’avoient été donnés, comme une récompense -trop forte des servicesque j’avois rendus, & comme une compensation trop grande des dépensesextraordinaires qu’ils m’avoient occasionnées? Si le Roi m’eut laissé ces gou-vernemens , il pourroit avoir quelque raison de m’en faire un reproche, quoi-que dans le vrai je ne lui en duíîe aucune reconnoisiànce, puisque l’Empe-reur , avant son départ pour l’Espagne , avoit décidé qu’ils me seroiencconférés. Mais puisque mon accusateur a fait tout ce qu’il a pu pour m’endépouiller; puisqu’il m’a enlevé ma fortune, autant qu’il a été en son pou-voir, & qu’il a depuis fait conduire mon flls'en Espagne, ce qui a été uneviolation manifeste des privilèges des Provinces des Pays-bas, qu’il avoit juréde maintenir dans toute leur intégrité ; & cela par ce que je n’ai pas voulu êtrel’instrument de fa tyrannie, comment oíe-t-il m’accuser d’ingratitude? 11 n’estpas mieux fondé à vouloir m’accufer d’avoir manqué h l’obéiOapce que jelui devois comme à mon souverain. Je me suis soustrait, il est vrai, à cetteobéiílànce; j’ai méconnu son autorité: mais qu’ai-je fait en cela que suivrel’exemple de l’Archiduc Albert, auteur de fa famille, qui se révolta contrel’Empereur Adolphe de Nassau? D’ailleurs, ne puis-je pas demander àmon accusateur à quel titre il poíïède la Castille? Son prédécesseur, Henride Castille, qui étoit bâtard, ne se révolta-t-il pas contre son légitimesouverain? II dira peut-être que Don Pedre étoit un tyran, & qu’à causede sa tyrannie il suc légitimement détrôné & mis à mort. Et pourquoi nedirai-je pas la même chose pour excuser le parti que j’ai pris? Car qui peutnier que la conduite de Philippe n’ait été celle d’un tyran? Qu’on mette enparallèle les cruautés de Don Pedre & celles qu’ont exercé le Duc d’Albe& ses partisans; & l’on verra si celles du premier ont été plus atroces, pl usrévoltantes que celles du second, D’ailleurs, cómme Roi d’Espagne, je nedevois aucune obéiílànce à Philippe; ce n’étoit que comme Duc de Brabantque je pouvois respecter son autorité, pareeque je suis un des principauxmembres des états de ce pays, à cause des baronies que j’y possede A- 1 -il
Zzz a
Hi(l. de
Hollande.
1555 - 1567 .