OU DES PROVINCES UNIES, Liv. XXXIII. ,Sect. VI. 551
entraîna, loin de les approuver, j’ufai de couse mon autorité pour les ré-primer v je sis même punir les coupables avec sévérité, au point même queje sus très-cruellement calomnié par quelques Proteílans, qui me reprochoiencla rigueur donc j’avois usé à l’égard de ceux qui avoienc commis ces excès.”
„ J’efpere que l’on me pardonnera d’obferver, qu’il y a dans la proscrip-tion une circonstance qui me ílacce & me lait même grand plaisir, malgré laméchanceté & l’achamemenc de mon acculàceur, malgré son mépris pour lavérité , il est un crime, dont les gouverneurs des provinces font souvent ac-cusés, qu’il n’a pas osé m imputer; je parle du crime de malversation, quel’avarice fait quelquefois commettre, pour s’approprier une partie des denierspublics. J’ai, à la vérité, été accuse de ce vice méprisable par quelquespersonnes obscures, qui ont fait circuler dans le public des libelles infâmescontre moi, mais qu’aucun deux n’a osé avouer. Le silence que garde lepius invétéré & le plus implacable de mes ennemis, suffit seul pour me justi-fier de cette imputation: d’ailleurs, je ne crois point avoir besoin vis-à-visde vous, Meilleurs, de faire mon apologie sur une accusation aussi ridicule.Je remercie Dieu d’avoir appris de bonne heure de quelle conséquence ilétoit pour tous ceux qui ont quelque part au gouvernement d’un peuple libre,non feulement de se conserver exempts de toute espece d’injustice, maisencore de toute espece de soupçon. Vous n’ignorez point, Messieurs, quej’ai toujours refusé constamment de me charger du maniement des denierspublics, & que, dès le commencement de mon administration, -j’ai laissé àd’autres le foin de les distribuer & de les employer.”
„ On m’accufe encore dans la proscription d’avoir préparé de longue mainmon retour dans la Hollande, en entreprenant de défendre le peuple contrel’imposition du vingtième denier que le Duc d’Albe, dit-on, avoit imposésans le consentement du Roi. On m’accuse aussi d’y avoir persécuté & d’enavoir chassé les Catholiques. II n’y a aucune espece de vérité dans toutesces assortions: je puis prouver que j’ai été prié instamment par les gouver-neurs des villes & même par les habitans de ces villes de venir à leur se-cours, pour les délivrer de la tyrannie Espagnole; les lettres que je puismontrer, en fournissent la preuve. En me rendant à leur invitation, je n’aifait que ce que mon devoir exigeoic de moi; j’ai tâché de délivrer de l’es-clavage les provinces qui avoient mis en moi leur confiance; j’avois juréde maintenir la liberté de ces provinces; & le Roi, fans le consentementdes états, n’avoit pas le pouvoir de m’ôter le droit de les gouverner.”
„ Mais, ce qui me surprend le plus, c’est que mon accusateur ait osém’imputer d’avoir voulu persécuter. II est impossible que les Catholiques-Romains refusent de témoigner en ma faveur contre la fausseté d’une impu-tation aussi injurieuse; il n’y a personne dans les Pays-bas qui ignore que,loin d’employer la rigueur, je n’ai rien épargné & que j’ai même fait toutce qui étoit en mon pouvoir pour qu’on traitât les Catholiques-Romains avecdouceur. Mon accusateur luí-même semble en convenir, lorsqu’il dit quej’ai feint de voir avec déplaisir qu’on persécutât les Catholiques. Mais, com-ment fait-il que le déplaisir que j’ai fait paroître de la persécution qu’es-suyoient les Catholiques, fut feint? Mes actions n’ont jamais été cachées:pourquoi ne juge-t-il pas de mon intention d’après elles ? Personne n’a moins
Hist. de
Hollande.
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