(•(aient arrivées les négociations qui se suivaient si péniblement depuisles célèbres paroles sorties, comme l’éclair qui annonce l’orage, de labouche de Napoléon III , ce prince aux pacifiques idées serait contraintde tirer son épée du fourreau pour la mettre au service de l’indépen-dance italienne et de la civilisation universelle. On ne croyait pas, on nepouvait pas croire qu’en rejetant, avec la précipitation de la folie et latémérité de l’orgueil, le moyen de conciliation qui lui était offert par le ca-binet de Londres , l’empereur d’Autriche rouvrirait, de sa propre vo-lonté, aux armées de la France , les chemins de la gloire, en leur rouvrant,de sa propre main, les plaines de la Lombardie .
Cependant une vague rumeur circule tout à coup parmi les groupes quistationnent sur le perron de la Bourse , et les promeneurs qui encombrentla ligne des boulevards. On dit de tous côtés que l’Autriche est assezabandonnée de Dieu pour préférer la chance des combats aux solutions dela diplomatie. On s’interroge, on se regarde ; on doute encore, tellementune nouvelle aussi inattendue parait invraisemblable.
Pourtant elle était vraie. Le lendemain, le Moniteur universel annonçait,toujours avec le même calme imperturbable, que l’Autriche avait rejetéles propositions de l’Angleterre, acceptées par la France , la Russie et laPrusse. L’organe officiel du gouvernement français ajoutait que le cabinetde Vienne avait sommé directement le cabinet de Turin de remettre l’ar-mée sarde sur le pied de paix, en lui déclarant que, s’il refusait d’obtem-pérer volontairement à celte impérative injonction, il serait contraint d’yobéir par la force. C’était le 22 avril.
Ce fut comme un coup de théâtre. La veille, au matin, tout encore étaità la paix. Le lendemain, au soir, tout déjà était à la guerre. Les événe-ments allaient se précipiter désormais avec la rapidité de la foudre. Lasommation du cabinet de Vienne au cabinet de Turin , quoique datée du10 avril, n’avait été remise, de la part du comte de Buol au comte deCavour, par le baron de Kellesberg, que le 25 avril.
Mais un délai de trois jours seulement avait été donné au roi Victor-Emmannuel II par l’empereur François-Joseph I er pour répondre par unoui ou par un non à cette sommation aussi brutale qu’insolente. Ce délaiallait expirer; le danger pressait; il était temps d’accourir au secours duPiémont menacé d’une invasion immédiate. Le Moniteur universel du25 avril annonçait officiellement la formation instantanée d’une arméedes Alpes , qui, dès le lendemain, s’appelait l’armée d’Italie , et publiaitles noms des chefs des cinq corps que cette armée devait comprendre,et à laquelle la garde impériale devait s’adjoindre.
Le 26 avril, M. le comte de Cavour répondait, au nom du roi de Sar-