Cette façon de procéder m’a rappelé les moyens qu'emploient les Yo-lofs du cap Vert pour s’approvisionner de verroteries et de chausssures.
L’intendant général n'a pas été la seule victime de ce système de spo-liation. Partout où les officiers autrichiens ont été logés, les mêmes faitsse sont renouvelés.
On m’a raconté la manière dont l’intendant militaire, autrichien s’étaitapproprié une paire de chevaux appartenant au marquis de Murazzano.Le marquis de Murazzano, comme tant d’autres, avait fourni sa part desréquisitions. En outre, il fut requis de fournir deux chevaux, qu’on attelaà une voiture portant cette inscription : Intendance générale de la deuxièmearmée impériale royale autrichienne. 11 se réjouissait déjà que ses chevauxfussent tombés en d’aussi bonnes mains, espérant qu’ils lui seraient ren-voyés avec son cocher en livrée, qui devait les conduire.
Le marquis de Murazzano se trompait étrangement.
Au moment du départ, l’intendant autrichien demanda au cocher s'ilvoulait rester à son service. Sur sa réponse qu’il préférait continuer àservir son maître :
— Eh bien, va-t’en! lui dit l'intendant autrichien.
Le domestique, stupéfait, ne bougea pas.
— Qu’attends-tu ?
— J’attends les chevaux de mon maître.
— Les chevaux sont à moi; tu le diras à ton seigneur. Allons, va-t’en!
— Alors laissez-moi prendre quelques elfets que j’ai mis dans le coffrede la voiture.
— Va-t’en, te dis-je, si tu ne veux pas qu’il t'arrive malheur!
Le cocher se retira, et l’intendant partit avec les chevaux du marquisde Murazzano.
C’est à la sagesse et à la prudence du syndic, et au concours des con-seillers, qui l’ont secondé dans ses efforts pour prévenir de plus grandsmalheurs, que la ville de Vereeil doit d’avoir été sauvée du pillage. Me-naces, provocations, rien n’a manqué pour faire naître un prétexte quipût autoriser cet épouvantable châtiment.
Les simples soldats imitaient les intendants et les officiers. On peut enjuger par cette étrange scène, dont Yhôtel des Trois-Rois a été le bizarrethéâtre. Un jour, après le dîner de l’état-major, les soldats croates quiaidaient à servir à table ont l'idée de s’emparer des couverts en argent. Lepropriétaire de Y hôtel des Trois-Rois court chez le général Zobel pour seplaindre. Celui-ci se borne à lui répondre que la surveillance des couvertsde cabaret n’entre pas dans ses attributions. Le propriétaire de l'hôtelcomprend alors qu’il ne lui reste qu’à se rendre justice par lui-même. II