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rue, malgré les cris et les larmes de désespoir de celte jeune femme, ellefut brutalement déshonorée, à la face du ciel et de la terre.
Sur le chemin de Verc-cil à Ivrée , dans les premiers jours de mai, il yeut toute une razzia de jeunes femmes et de jeunes filles, au nombred’une vingtaine, que des uhlans enlevèrent à leurs familles désolées etqu’ils emportèrent, au grand galop de leurs chevaux, couvrant de leurséclats de rire les cris de détresse de leurs victimes et tuant les voyageursisolés qu’ils rencontraient, comme pour mêler l’ivresse du sang à l’i-vresse de la débauche. Ces jeunes femmes se débattaient vainement aumilieu de cette soldatesque avinée. Conduites, de force, à la gare du che-min de 1er, elles y servirent aux infâmes plaisirs de leurs ravisseurs
On ne croirait pas à des actes aussi sauvages, s’ils n’étaient attestéspar des témoignages officiels. Ainsi le roi de Piémont a écrit à l’empe-reur d’Autriche une lettre où éclate son indignation, justement excitéepar les excès de l’armée autrichienne ; ainsi encore M. le comte de Ca-vour a protesté contre ces excès, à la face de l’Europe civilisée, par unedépêche adressée à tous les agents diplomatiques de la Sardaigne et desti-née à être communiquée à tous les gouvernements étrangers.
Mais un dernier fait, plus monstrueux peut-être que tous ceux dont latriste nomenclature vient de se dérouler sous les yeux du lecteur, pro-voqua, après la bataille de Montebello, une éclatante et nouvelle protes-tation du cabinet de Turin contre l’inutile et injuste cruauté des officiersgénéraux de François-Joseph I er . Voici le texte de cette protestation,également envoyée dans le même but aux mêmes agents :
« Monsieur,
« Par une dépêche circulaire précédente, j'ai eu l’honneur de faireconnaître aux légations de Sa Majesté les actes de spoliation auxquels l’ar-mée autrichienne se livrait dans les provinces sardes qu’elle avait occu-pées. Je dois maintenant vous informer qu’une enquête judiciaire a étéordonnée par le gouvernement à ce sujet. Elle prouvera que l’Autriche abrutalement violé les lois de la guerre, et que la conduite de ses troupesn’est pas celle qui distingue les nations civilisées. Les résultats de celteenquête seront, en leur temps, communiqués aux légations. Mais il y aaujourd'hui un fait qui vient d’être légalement constaté par l’autoritéjudiciaire, et que je dois signaler à l'indignation des cabinets de l’Europe entière. Publié parla presse, il ne serait peut-être pas cru; le gouverne-ment doit le faire connaître lui-même et en garantir l’exacte vérité.
« Le ‘20 mai, le jour même de la bataille de Montebello, vers les onze