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IV
UE PIÉMONT SOUS UES ARMES
Averti par les premiers prépartifs de l’Autriche ; tenu en éveil et misen alerte, dès les derniers jours de décembre 1858, et surtout, dès les pre-miers jours de janvier 1859, par les renforts de troupes et le matérielde guerre que l’Autriche expédiait, dès cette époque, en Lombardie et enVénétie , le Piémont se préparait à une lutte qu’il savait inévitable, commeon se prépare à un duel à mort où l’on sait que l’un des deux championsdoit fatalement rester sur le terrain. Il s’y préparait avec le calme desrésolutions héroïques : sans fracas, sans ostentation, sans témérité, sansprécipitation ; mais avec une inébranlable décision, avec une fermetéstoïque.
Le cabinet de Turin devait être prêt pour toutes les éventualités, pourtous les périls. Cependant il devait éviter de fournir, par des armementstrop considérables et trop prompts, un prétexte d’accusation au cabinetde Vienne , toujours disposé à prêter gratuitement à la cour de Sardaigne -des plans ambitieux et des pensées agressives contre la cour d’Autriche .
C’était à la fois une question de tact et de prévoyance, de patriotismeet de mesure. Il ne fallait agir ni trop lentement ni trop vite. On doitrendre au roi de Piémont cette justice, qu’il a su admirablement concilierce, qu’il devait au vœu de l’Europe qui travaillait au maintien de lapaix et au salut de son peuple que la guerre pouvait surprendre. Quandl’heure des hostilités arriva, le gouvernement et le pays étaient prêts ;depuis longtemps les cœurs s’étaient affermis et les bras s’étaient arméscontre un péril qu’on avait pressenti à l’avance.
Le 10 janvier 1859, la session du parlement de Piémont allait s’ouvrirsous l’empire de graves pensées et de préoccupations sérieuses. On sentaitdéjà que le moment devenait solennel, que la situation se faisait sombre.
Il y avait dans l’atmosphère politique de la Sardaigne comme un vaguesentiment d’attente et d’anxiété. La population de Turin pressentait de cesévénements extraordinaires qui influent sur les destinées d’une nation.
Ces dispositions de l’esprit public se traduisaient, dès le 8 janvier 1859,u. 10