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L’ITALIE CONFÉDÉRÉEdans des limites qui ne permissent ni à l’Autriche d’y voir un acte d’hos-tilité, ni à l’Europe d’y trouver un grief pour la diplomatie. C’est ce qu’ilfit, le 10 avril 1859, à l’occasion de l’inauguration d'une statue offertepar les réfugiés milanais à l’armée sarde, en souvenir des campagnesde 1848 et de 1849.
A coup sûr, c’était là une solennité éminemment populaire, qui pou-vait être trés-tumultueuse, une évocation de souvenirs de guerre et d’in-surrection qui pouvait devenir aisément une manifestation bruyammentbelliqueuse. M. de Cavour eut la prudence de prévenir l’effervescence quipouvait naître d’une cérémonie, destinée cependant à seconder sa poli-tique. Aucun des membres du conseil des ministres n’assista à cette cé-rémonie où leur p«risée sans doute était présente, mais d’où leur per-sonne était absente.
La statue qu’on allait inaugurer est en beau marbre blanc. Elle repré-sente un officier sarde défendant le drapeau italien. On la voit sur la placedu Château, entre le palais où siège le Sénat et le palais où réside le Roi.
Commencée à dix heures, cette solennité était terminée à onze heures.La statue fut découverte en présence de M. Notta, syndic, qui représentaitla municipalité de Turin ; de M. de Sonnaz, général commandant lapremière division militaire; de M. le général Yisconti, commandantsupérieur de la garde nationale de la capitale. Ces deux officiers générauxétaient entourés d’un nombreux état major et avaient sous leurs ordreschacun un bataillon de leurs corps respectifs. Une grande aftluence despectateurs remplissait la place du Château. Mais cette foule, maîtri-sant son émotion, eut la sagesse et la force de rester calme. Cependantelle applaudit avec transport la péroraison d’un discours qui fut prononcépar M. Achille Mauri, ancien membre du gouvernement provisoire deMilan, alors naturalisé Sarde, au moment même où la statue fut décou-verte. Voici cette péroraison :
« Puisse celte statue être considérée comme le symbole de notre admi-ration, et le témoignage de la grande confiance que les Milanais ont euet ont encore pour l’armée valeureuse du Piémont ! Ce monument doit êtreavant tout considéré comme un don national, car il est destiné à exprimerune pensée qui est commune à toutes les nations, et dont les Milanaistiennent à être les interprètes au nom sacré de la concorde italienne. L’onne pouvait, pour découvrir cette statue, choisir un moment plus favorable,car il est proche de l’anniversaire de cette glorieuse journée où l’arméepiémontaise, au pont de Goïto, sous le feu des canons ennemis, a fait laconquête du passage du Mincio. »