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L’ITALIE CONFÉDÉRÉEchemin de fer et alla ensuite visiter à cheval le champ de bataille encorejonché de cadavres. Le maréchal Baraguey-d’Hilliers accompagnait Sa Ma-jesté Impériale. Contusionné à la jambe gauche par une balle qui s’étaitaplatie sur le fourreau de son sabre, le général Forey s’avançait lente-ment vers l'Empereur, qui, en le voyant boiter, s’est précipité vers lui, etl’embrassant avec cordialité, le félicita dans les termes les plus chaleu-reux sur son triomphe de la veille. Sa .Majesté Impériale embrassa égale-ment le colonel Cambriels avant de poursuivre son excursion <ur les dif-férents théâtres du combat de Montebello.
Ce fut un spectacle navrant pour le cœur de Napoléon III . Là gisaientdans toutes les positions, confondus par la mort qui apaise toutes leshaines, pêle-mêle, les Autrichiens, les Français , les Sardes, les traits con-tractés, les mains crispées, ceux-ci avec la pose de lutteurs, ceux-là dansla posture de suppliants. Un jeune caporal du 17 e chasseurs était tombéla face contre terre. Il mordait la poussière. Ses dents serrées avaiententamé le sol. Une de ses mains tenait son fusil ; l’autre était cachéedans sa poitrine. On le releva; on lui tira le bras roidi par la mort; entreles doigts on trouva une médaille de la Vierge.
Rentré dans Alexandrie , l’Empereur se fit amener quelques prisonniersautrichiens d'un rang distingué qui se trouvaient dans la ville. Plusieursd’entre eux avaient été ses hôtes dans le palais des Tuileries . Les simplessoldats avaient des figures hâves et maladives; beaucoup d’entre euxétaient encore des enfants. Ainsi, un sous-officier français raconte qu’ilavait été assez heureux pour sauver la vie à un soldat autrichien de dix-sepl ans qui se battait comme un lionceau. Un caporal allait le tuer; cesous-officier releva le fusil du caporal d’un coup de crosse, et, prenantl’Autrichien au collet : Rends-toi donc , moutard! lui dit-il. L'enfant ren-dit son épée; car il était sous-lieutenant et il portait une épée. L’était uncadet de famille grêle et blond.
L’arrivée des convois de prisonniers autrichiens à Alexandrie jetait tou-jours la population dans une vive agitation ; on accourait sur leur passagepour satisfaire un vif mouvement de curiosité ; puis, en les voyant si mi-sérablement vêtus, si maigres, si pâles, on les plaignait et on les accueil-lait avec une sympathique compassion. L’Empereur un jour leur fitremettre à chacun dix francs; les officiers reçurent même cent francs cha-cun. Ceux qui étaient blessés restaient à Alexandrie , où ils étaient traitésavec autant de sollicitude que les Français et les Sardes installés à l’hôpi-tal de la place ; on dirigeait ceux qui étaient valides sur Marseille .
Chaque convoi de prisonniers était escorté de gendarmes à cheval, lepistolet au poing ; ces gendarmes donnaient à ce triste cortège un air fu -n. 29