L'ITALIE CONFÉDÉRÉE (17
me demande s’il serait possible d’entasser une plus grande quantité demarbre sur une plus grande surface; mais quel architecte aujourd’huiformerait, de tant d’ornements réunis, une masse aussi majestueuse, aussiétonnante par la grandeur de l’ensemble que par l’exquise délicatesse desdétails? En sortant du Dôme, je \ois, devant la grille du palais vide del’archiduc, un garde national qui monte la garde dans une des guéritesoccupées naguère par les sentinelles autrichiennes.
« Après m’étre assuré d’une voiture dans la matinée, je suis parti àmidi pour le champ de bataille de Marignan.
« En revenant de Marignan , je rencontrai une très-élégante calèche,qui se croisa avec une charrette dans laquelle étaient quatre blessés. Lacalèche s’arrêta, deux belles jeunes femmes mirent pied à terre. Ellesfirent placer les soldats blessés dans la calèche, montèrent sur le siègeauprès du cocher, et rentrèrent ainsi dans Milan . Cet exemple a été suivipar beaucoup d’autres dames.
« Un très-grand nombre de voitures de l’aristocratie se sont dirigées,ce soir, vers Marignan pour transporter en ville les blessés, qui sontentrés dans Milan à l’heure des illuminations.
« C’est superbe; la vue du Corso éclairé à giorno est splendide. Parmiles palais qui se font remarquer par la magnificence de leurs girandolesde feu, je citerai le palais Belgiojoso .
« O11 fait en ce moment une grande manifestation pour l’union duPiémont et de la Lombardie . Quinze mille personnes au moins traversentle Corso et se dirigent vers le palais Brusca, en criant : Viva il re ! vivaVittorio Emmanuele!
« Toutcequia été dit par les journaux italiens, et répété par les journauxfrançais , sur la répulsion qu’inspirait aux nobles milanais le pouvoirautrichien, était parfaitement exact. Ici, le mouvement n’est pas seule-ment populaire, toutes les classes de la société y prennent part, et je doismême ajouter que c’est l’aristocratie qui le dirige.
« Ce soir, au moment où défdaitdans le Corso ce cortège de quinze millehommes criant : « Vive notre roi Victor-Emmanuel ! vive la constitution !vive l’union ! vive l’unité de l’Italie ! » les plus grands noms lombardss’associaient à celte manifestation, et les femmes les plus distinguées parleur origine, par leur beauté et leur fortune agitaient leurs mouchoirs etmontraient du doigt au peuple qui passait le palais Brusca, habité par leRoi. L’annexion, que l’on regardait comme difficile par suite de prétenduesrivalités existant entre les Lombards et les Piémontais, était déjà faitedans les esprits avant d’avoir été consacrée par les événements. Devantles acclamations de toute une capitale, Victor-Emmanuel II n’a pas hésité