HISTOIRE DES ROIS.
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traîné Charles de Duras , fils adoptif de Jeanne et l’héritierde ses états, à commettre cet exécrable parricide.
Ce prince ayant refusé de partager avec le pape les dé-pouilles de Jeanne, la fureur d’Urbain se tourna contre sixcardinaux qu’il soupçonnait de favoriser le parti de Charles de Duras ; il les fit descendre chargés de chaînes dans desfosses puantes, leur fit crever les yeux, arracher les onglesdes pieds et des mains, briser les dents, déchirer les chairsavec des griffes de fer rougies au feu, puis ces corps affreu-sement mutilés et encore vivants furent liés dans des sacs decuir et jetés à la mer.'
Clément YII tenait le siège d’Avignon , levait des impôtsénormes sur les églises de France , pour enrichir les cardinauxet satisfaire au luxe effréné de sa cour; sa conduite necédait en rien à celle de son compétiteur, en violence, en four-beries, en crimes.
Les deux papes désolaient l’Europe par leurs armées etcelles de leurs partisans : la fureur avait éteint les sentimentsd’humanité; partout les trahisons, les empoisonnements, lesmassacres ; on cherchait les remèdes à ces calamités publiques,mais les deux papes s’opposaient à toutes les propositionsqui pouvaient ramener la paix dans l’Eglise.
Le schisme continua sous leurs successeurs : les cardinauxne pouvant vaincre l’obstination des deux papes, assem-blèrent un concile à Pise , citèrent Benoît XIII et Gré goire XII à y comparaître; et comme ils refusèrent de s’yrendre, le patriarche d’Alexandrie , assisté de ceux d’An tioche et de Jérusalem , prononça à haute voix, dans la basi-lique, portes ouvertes et en présence du peuple assemblé, la