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ou de tiédeur dans leur métier, furent à leur retour appli-qués à la question et roués vifs. Il punit avec la même sé-vérité les moines mendiants et les clercs séculiers, qui luifaisaient une concurrence active pour la vente des indul-gences, en permettant aux nonnes le libertinage, en réconci-liant les hérétiques avec l’Église, en réhabilitant les bâtards,en autorisant les incestes, et en accordant l’absolution desvols et des assassinats à meilleur marché que le saint-père. Il fulmina contre eux une bulle terrible, et voua auxsupplices éternels ceux qui ne lui restitueraient pas l’argentqu’ils lui avaient volé. Quelques-uns obéirent, mais les pluscoupables préférèrent s’exposer aux supplices très-probléma-tiques de l’enfer, plutôt que d’avoir à rendre les sommesarrachées à l’ignorance et à la superstition.
Alors le cupide pontife résolut d’exploiter les pasteurscomme il avait fait des brebis, et il publia dans les différentspays de son obédience, qu’il accorderait des grâces et desbénéfices aux ecclésiastiques qui viendraient à sa cour etlui offriraient des présents. Cette promesse fallacieuse déter-mina en effet un grand nombre de prêtres à faire un voyageà la ville sainte et à emporter avec eux tout l’or qu’ils purentse procurer, pour obtenir du saint-père les meilleurs béné-fices de leurs provinces. Il en résulta entre les prélats dechaque pays et entre les simples clercs de chaque diocèse uncombat de vanité qui fut extrêmement profitable à Boniface,chacun d’eux enchérissant sur son collègue afin d’occuperune meilleure place sur les rôles des grâces à distribuer.
Bientôt le nombre des postulants devint si considérable,qu’on reconnut que le monde eût-il été dix fois plus grand