424
HISTOIRE DES PAPES.
[1699.]
commença à propager les doctrines du quiétisme. Les jésuitesdemandèrent immédiatement au roi une lettre de cachet, etla firent conduire à Yincennes et ensuite à la Bastille.
Bossuet lit alors paraître un livre intitulé « Des états d’o-» raisons, » dans lequel l’auteur censurait sévèrement lacélèbre quiétiste. L’évêque de Meaux voulut faire approuverson ouvrage par Fénélon , qui s’y refusa, sous le prétexte forthonorable qu’il avait promis de condamner les erreurs deJeanne Guyon et non sa personne; l’archevêque de Cambrai annonça même à son collègue qu’il ne se ferait nullementscrupule de témoigner en toutes occasions de son estime pourcette femme; qu’il ne dénoncerait jamais à l’Église commedigne du feu celle qui n’avait d’autre tort à ses yeux que dene pas savoir s’expliquer d’une manière assez lucide, et dontihconnaissait suffisamment les sentiments religieux. Le ver-tueux prélat ne s’en tint pas à cette protestation en faveurde son ancienne amie, il résolut d’agir activement auprès demonseigneur de Noailles, qui avait été nouvellement promuà l’archevêché de Paris ; il lui rendit plusieurs visites, enobtint l’élargissement de Jeanne Guyon de la Bastille et sonadmission dans une maison religieuse de Vaugirard; il litplus encore, il entreprit la justilication des doctrines de lapauvre recluse, et publia Je livre remarquable intitulé « De» l’explication des maximes des saints sur la vie intérieure. »
Bossuet prit la plume pour répondre à Fénélon , attaquason ouvrage sans ménagements, le dénonça à l’opinion pu-blique comme une apologie cachée du quiétisme, une répé-tition des écrits de Jeanne Guyon , et il appela l’archevêquede Cambrai le nouveau Montan d’une seconde Priscille.