[XVII. S.] CRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 5
arracha du front la couronne de Bohême, prit violemmentsa place sur ce trône; et, suivant les bruits qui coururentalors, il avança la mort de son frère.
Malgré l’infamie de sa conduite, Mathias ne craignit pasde se mettre sur les rangs pour être choisi comme empereur ;il s’assura des votes des archiducs Albert et Maximilien, sesfrères, et par l’influence de ces princes, il obtint les suffragesdes électeurs catholiques qui ne s’étaient point déclarés en safaveur. Toutefois, avant de le nommer, les électeurs protes-tants et catholiques lui imposèrent une capitulation sévèrepour limiter l’étendue de sa nouvelle puissance, et pour ga-rantir la dignité impériale des atteintes des princes d’Autriche ,qui voulaient la rendre héréditaire dans leur maison. Mathiasaccepta toutes les conditions, jura tout ce qu’on voulut, seréservant à part lui de manquer à ses serments dès qu’ilserait sur le trône et en état d’opprimer la diète. Mais iln’en fut point ainsi qu’il l’avait espéré; à la première tenta-tive qu’il fit contrairement à ses promesses, les états deHongrie , de Bohême et d’Autriche refusèrent de lui accorderles subsides qu’il avait demandés ; et pour lui enlever mêmele prétexte de tenir une armée sur pied, ils le contraignirentà signer une trêve de vingt ans avec les Turcs.
L’empereur était d’un âge avancé lorsqu’il avait épousé sacousine Anne, fille de Ferdinand, comte de Tyrol, et il n’yavait guère d’espoir qu’il en eût des enfants ; ses deux frèresn’avaient également point de fils; et Mathias était d’autantplus affligé de ces circonstances, qu’il se trouvait dans la né-cessité ou de transporter l’empire d’Autriche dans la branchestyrienne, dont Ferdinand, duc de Styrie , était le chef, et